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Les Services secrets pakistanais ont dévoilé une version quelque peu différente de celle communiquée par les Américains de l'assaut de la villa de Ben Laden et des instants qui suivirent. Un assaut qui pose question sur la réelle implication et les éventuels complicités du Pakistan à l'égard du numéro 1 d'Al-Qaïda.
Un survivant emmené
Selon eux, 17 ou 18 personnes se trouvaient dans la résidence au moment de l'attaque. Les Américains auraient emmené une personne vivante, peut-être le fils de Ben Laden, sans apporter plus d'informations sur l'endroit où cette personne aurait été emmenée. Les survivants à l'attaque (dont une épouse, une fille et huit neuf enfants "apparemment pas de Ben Laden") ont eu leurs mains attachées par les Américains qui ont renoncé à les emmener après qu'un de leurs hélicoptères a été mis hors service. Par ailleurs, l'épouse yéménite qui a survécu a déclaré qu'ils avaient déménagé dans la résidence il y a quelques mois alors que la fille de Ben Laden, de 12 ou 13 ans, a vu son père se faire tirer dessus.
"Bons, mais pas Dieu"
Peu avant, les services secrets pakistanais avaient reconnu des erreurs dans leur détection de la présence de Ben Laden. "Cette résidence n'était pas sur nos radars", ont-ils admis, au sujet de la cache du leader d'Al-Qaïda. "C'est embarassant", admet un responsable qui conclut: "We're good, we're not God", "Nous sommes bons, nous ne sommes pas dieu". Cependant, l'éliminationd'Oussama Ben Laden par un commando américain héliporté au Pakistan à proximité d'une de ses plus prestigieuses écoles militaires est un camouflet pour les services de renseignement pakistanais, soulignant au mieux leur incompétence, au pire une certaine complicité. Pendant des années, les responsables pakistanais ont toujours assuré que Ben Laden était soit mort soit à l'étranger.
Soupçons
Mais il a suffi de 40 minutes aux forces spéciales américaines pour mener un raid contre la villa où il se cachait à Abbottabad, au nord d'Islamabad et pour l'éliminer. Malgré les soupçons sur une éventuelle complicité qui transpirent dans les propos de responsables à Washington, personne au sein de la toute puissante armée pakistanaise ou de ses services secrets ne s'est exprimé publiquement. Les responsables civils ont, eux, assuré que le pays ne savait pas où se cachait Ben Laden, exposant ainsi l'Inter-Services Intelligence (ISI), le renseignement pakistanais rattaché à l'armée, aux accusations.
Enquête
Le président pakistanais Asif Ali Zardari a quant à lui défendu son pays contre les accusations de ne pas avoir fait assez pour traquer le chef d'Al-Qaïda insistant sur le fait que le Pakistan "avait pris sa part" de travail. "Il n'était nulle part où nous avions prévu qu'il serait, mais maintenant il est parti", a-t-il dit dans une interview au quotidien Washington Post. "Un échec des services de renseignement n'est pas propre à l'ISI", a déclaré l'ambassadeur pakistanais à Washington, Husain Haqqani. "Nous allons enquêter sur les causes de ce qui s'est passé mais il est très important de ne pas tomber dans des allégations de complicité", a-t-il ajouté.
Utilisée par la CIA
Créés en 1948, juste après l'indépendance, les services de renseignement ont joué un rôle important dans un pays dirigé directement par l'armée pendant plus de la moitié de ses 64 ans d'existence et cornaqué par les généraux le reste du temps. L'ISI a également été utilisée par la CIA pour alimenter en armes payées par les Etats-Unis les combattants musulmans afghans qui luttaient contre l'occupant soviétique dans les années 1980, ces "moudjahidines" dont les experts estiment qu'ils ont ensuite donné naissance au mouvement des talibans. Mais bien qu'Islamabad se soit formellement rangé derrière la bannière américaine dans la lutte contre Ben Laden, les pays occidentaux ainsi que son voisin et rival indien ont régulièrement évoqué les suspicions de liens entre les services secrets pakistanais et les talibans afghans.
Menaces intérieures
Une dizaine de jours avant l'opération américaine contre Ben Laden, le plus haut gradé américain, l'amiral Mike Mullen, a accusé l'ISI d'entretenir des relations avec les insurgés du réseau afghan Haqqani, allié à Al-Qaïda. "Cela ne signifie pas tout le monde au ISI, mais c'est un fait", a-t-il déclaré. Pour certains analystes, des tensions existent au sein de l'ISI, certains cadres considérant de plus en plus les combattants islamistes comme une menace intérieure alors que les attentats des talibans pakistanais alliés à Al-Qaïda ont fait plus de 4.200 morts en quatre ans au Pakistan. Et l'opération contre Ben Laden est intervenue à un moment où les relations entre l'ISI et la CIA semblaient au plus bas.
Secret absolu
Pendant près de deux mois, Islamabad et Washington ont été à couteaux tirés au sujet d'un agent de la CIA, emprisonné au Pakistan pour le meurtre de deux jeunes Pakistanais. L'homme a été libéré à la mi-mars contre le versement de 2 millions de dollars aux familles des deux hommes. Mais sur fond de tension entre les deux pays, Islamabad a demandé aux Etats-Unis de réduire drastiquement le nombre de ses agents de la CIA et de ses forces spéciales au Pakistan. Interprété comme un signe de défiance, les Etats-Unis n'ont pas informé le Pakistan de l'opération contre Ben Laden, Washington avançant le besoin de secret absolu. Imtiaz Gul, analyste pakistanais en matière sécurité, estime que les Etats-Unis avaient probablement du mal à croire que personne au sein des services de renseignement ne sache où Ben Laden se cachait.
"Quelques personnes au moins au sein de l'appareil de sécurité savaient probablement", estime-t-il. "Beaucoup de gens au sein de l'appareil bureaucratique, de l'armée, ou de la société civile, ont fini par soutenir et adorer Ben Laden et sa mission contre les Etats-Unis", assure M. Gul. (7sur7)
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