Terrence Malick n'est pas un réalisateur prolifique. En 40 ans, il a fait six films, c'est dire s'il prend son temps pour sortir ses oeuvres. Il a donc étonné tout le monde en proposant To the wonder, un an et demi à peine après The tree of life. Nous l'avions vu à la Mostra de Venise, en septembre dernier. Voici notre critique publiée à l'époque. Il est au ciné depuis hier.
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Les salles de cinéma de la Mostra grouillaient de monde ce matin: la curiosité était palpable. A quelle sauce allait-on être mangés? The tree of life nous avait laissé le souvenir d'un film beau mais incompréhensible, à cause d'un montage compliqué et d'un sujet flou. On vous le dit d'emblée: To the wonder a une histoire plus facile à suivre.
To the wonder est une histoire d'amour entre Neil (son nom n'est jamais dit à l'écran mais on croit les notes de production) et Marina, jolie célibataire, maman d'une fillette de dix ans, rencontrée à Paris. Après une visite au Mont Saint-Michel (appelée dans le film "la merveille", soit "the wonder"), Neil emmène Marina et sa gamine chez lui en Oklahoma. Dans cette grande maison identique aux voisines, plantée dans un coin perdu de l'Amérique, le couple voit son amour s'effriter. Neil est un homme distant, silencieux (Ben Affleck ne parle quasi jamais dans le film et tire généralement une tête de dix mètres de long pour illustrer son chaos intérieur) et l'ennui prend le pas sur la passion. Le visa de Marina arrive à terme, aucun engagement n'est pris et elle rentre chez elle avec son enfant sous le bras.
Neil en profite pour renouer avec son ex, Jane. A peine le temps d'aimer un peu et voilà qu'il la quitte parce que Marina revient aux Etats-Unis. Il l'épouse, pour qu'elle puisse rester avec elle mais leur histoire reprend là où elle s'était arrêtée: il y a de la colère, quelques brèves réconciliations, de la tromperie.
Javier Bardem fait ricaner
En parallèle à cette histoire d'amour, on suit la perte de foi du prêtre Javier Bardem (sa première apparition a déclenché une vague de ricanements dans la salle). Il rencontre les plus pauvres, il marie des couples en sachant qu'un jour, l'un des deux amoureux viendra lui confier sa peine et son envie de s'en aller dans le confessionnal... Il ne voit qu'angoisse, désespérance, il se demande donc où est Dieu.
Cette partie avec Javier Bardem n'a pas grand-chose à faire dans le film. Mais on a l'impression (avec Malick, on est jamais tout à fait sûr de ce qu'il a voulu dire) que c'est le vide qui intéresse le réalisateur. Neil semble toujours chercher quelque chose ailleurs, Marina n'est pas heureuse mais reste quand même, le prêtre ne croit plus en rien. Ils ont des existences déprimantes.
Tout est raconté en voix off
Parce que le réalisateur est un mec compliqué, il n'y a quasi aucun dialogue direct. Tout est raconté en voix off. Les pensées intimes des personnages sont dites à voix haute mais les interactions entre eux sont passées sous silence (quand le couple se dispute, on les voit se hurler dessus mais ce qui sort de leur bouche est noyé dans un flot de musique).
Malick filme, comme dans The tree of life, la matière des choses. Les personnages passent leur temps à toucher de l'eau, le blé des champs, à ouvrir grand leurs bras vers le ciel, à respirer fort... Malick filme les mains qui se frôlent, les peaux en gros plan, la lumière du coucher de soleil qui se reflète dans les champs, sur les buffles...
La force de ce cinéma, plein de textures et succession de très belles images, c'est qu'on comprend les sentiments des gens sans un mot. Le problème, c'est que, si la première demi-heure enchante (on les sent s'aimer jusqu'au plus profond de notre estomac ces deux-là, alors qu'on ne voit que leur souffle, leur regard, leur dos), sur deux heures, cette façon de faire est profondément agaçante.
Ben Affleck réduit au silence et Olga Kurylenko jolie mais agaçante
Enfin chez Malick, le jeu des acteurs est quasi accessoire. Ben Affleck a un charisme proche de zéro dans ce film; Olga Kurylenko est exaspérante à sautiller partout, tout le temps, dans les champs, sur son lit, dans le jardin, pour montrer son insouciance; et la beauté froide de Rachel McAdams, qui n'apparaît que brièvement, n'arrive pas à nous convaincre de la passion qu'il y aurait entre son personnage et Neil.
Si To the wonder est aussi joli que The tree of life et nettement plus compréhensible, il est aussi tout aussi ennuyeux! Le cinéma de Malick a du style mais trop de prétention. Il ne prend pas garde à raconter une histoire qui tient la route à son public, les quelques phrases énoncées pour accompagner les images sont souvent alambiquées (exemple: "Qui est cet amour qui nous aiment?") et sa tendance à tout ramener à Dieu et à l'univers est répétitive.
Les applaudissements se mélangeaient à de timides cris de désapprobation ce matin, en projection de presse. Mais Malick est-il vraiment intéressé par la réaction du public? Franchement, on en doute!



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