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Les téléspectateurs avaient réagi en masse au canular de la RTBF.
François De Brigode avait présenté ce flash info dans le studio du journal.
La chaîne avait poussé le détail jusqu'à imaginer des plaques minéralogiques flamandes.
Les acteurs politiques de tous bord avaient joué le jeu, non sans créer une polémique d'avoir fait participer le Vlaams Belang.
"Bonsoir à tous, l'heure est grave". 20h25, le 16 décembre 2006, François De Brigode annonçait l'indépendance de la Flandre dans ce qui deviendra le canular le plus célèbre du paysage audiovisuel belge. Panique chez la plupart des téléspectateurs, rédactions en ébullition et condamnation immédiate de la classe politique, la RTBF avait été traitée d'irresponsable, tant cette fiction mit du temps à être signalée aux quelques 400.000 téléspectateurs, consternés devant leur petit écran. Un an après, quels enseignements peut-on tirer de cette cabale?
Si la RTBF, outre le fait d'ouvrir un débat, a réussi une chose, c'est de faire parler d'elle. Au lendemain du canular, le service public était présent sur toutes les chaînes, s'offrant une promotion mondiale sans frais. Même la concurrence lui consacrait la quasi entièreté de son journal de la mi-journée. L'éthique journalistique était remise en cause, d'aucun estimant que la RTBF s'était tiré une balle dans le pied. Pourtant, les pontes du service public assumaient d'un "si c'était à refaire, on le referait" ajoutant "mais autrement", acquiescent que le bandeau "Ceci est une fiction" aurait dû apparaître plus tôt. D'ailleurs, François Heinderyckx, sociologue des médias (ULB) ne disait rien d'autre dans la Libre Belgique "la réalisation n'a pas été à la hauteur de l'idée, excellente du reste. Le gag a trop duré, devenant au fil de la soirée de plus en plus potache".
"En outre la RTBF a effectué un mélange des genres en faisant passer son émission pour un docu-fiction, or c'est tout le contraire. Bye Bye Belgium évoquait une fiction en utilisant des codes de la réalité." Sûr que le code de l'honneur de la RTBF fut entaché. Cela dit, l'audience moyenne de la chaîne n'a depuis lors pas diminué pour autant, à l'inverse de sa réputation au nord du pays. Depuis cette fameuse soirée, la RTBF est dans le collimateur des politiciens néerlandophones persuadés qu'elle a perdu sa neutralité dans le relais de l'information, "trop francophone". D'ailleurs, la sortie maladroite d'Yves Leterme, comparant la chaîne à la génocidaire Radio Mille Collines, ne faisait que souligner ce sentiment de l'orientation des médias francophones, certains parlant "d'une mobilisation de leur (médias francophones) part, avec une tendance à dramatiser la fin de la Belgique". Et on ne rappellera pas le passage de la Marseillaise...
La provocation de Bye Bye Belgium a en tout eu le mérite de soulever une question d'actualité et d'éduquer quelque peu le téléspectateur sûr et certain désormais "qu'on ne l'y reprendrait plus". La RTBF reviendra ce mercredi soir (20h25) dans un Question à la une spécial sur la genèse de Bye Bye Belgium et ses préparatifs. (LS)


