Le ministre fédéral Michel Daerden a rejeté dimanche sur RTL-TVI le contenu d'un article de la Libre Belgique selon lequel il a, lorsqu'il était ministre du Budget des gouvernements wallon et de la Communauté française, validé des contrats pour la société de révisorat de son fils, le député Frédéric Daerden (PS). Le quotidien évoquait notamment trois dossiers entachés d'illégalité, ceux du Fonds écureuil, de la Sofico et du Forem.
"Le Fonds écureuil de la Communauté française a été octroyé à la Cour des comptes et à la société DDC représentée par M. Cammarata, celui de la Sofico a été attribué, en 1995 déjà, par le gouvernement wallon, sur proposition de Jean-Pierre Grafé, à Jean-Pascal Labille, un homme important en Wallonie, et le mandat du Forem a été attribué, en 2000, par le gouvernement wallon, sur proposition de Marie Arena, à Jean-Pascal Labille également", a réagi Michel Daerden.
Liens étroits
L'ex-DC&Co - devenue BCG - qu'a dirigée Frédéric Daerden après son père, cède aujourd'hui l'intégralité de son patrimoine actif et passif à trois sociétés: Michel Delbrouck and Co, Christelle Gilles, Réviseurs et DDC, écrivait Le Soir le 11 janvier dernier. Michel Delbrouck a été le premier associé de Michel Daerden, tandis que Christelle Gilles est une collaboratrice du cabinet de révisorat.
Autre lien, Patrick Cammarata, associé du cabinet DC&Co, alors dirigé par Frédéric Daerden, a constitué la société PC&Co dans laquelle ce dernier a eu des parts avant de les revendre, comme il le confirmait le 9 novembre. D'abord député wallon puis député européen, Frédéric Daerden est lui-même "en congé" de ses activités révisorales depuis 2006.
Quant à Jean-Pascal Labille, qui est aujourd'hui notamment président du Comité de gestion du Forem, président du Conseil d'administration de la Société régionale d'investissement de Wallonie (SRIW) et secrétaire général des Mutualités socialistes, il a porté le bureau révisoral durant les années ministérielles de Michel Daerden, avant de le quitter.
Infractions
La Libre Belgique écrit que les gouvernements wallon et de la Communauté française et leur ministre du Budget de l'époque Michel Daerden ont confié le contrôle des comptes d'organismes publics à l'ex-société de révisorat DC&Co alors dirigée par son fils, le député Frédéric Daerden, ce qui pour le quotidien constitue des infractions à la loi sur les marchés publics.
"Quelle accusation!", a réagi dimanche Michel Daerden, se défendant de la moindre "faute légale". Selon lui, "la vérité juridique est qu'il n'était pas question de marché public à l'époque". Il a ajouté que quelques années plus tard, sous l'impulsion d'Elio Di Rupo, ministre-président, les règles d'attribution de marchés publics ont été rendues obligatoires sans que cela ne s'imposait.
Aujourd'hui, "l'attaque est en dessous de la ceinture", a déploré Michel Daerden évoquant l'article du journal. Il a en outre rappelé avoir vendu "sans aucune obligation" toutes ses parts détenues dans le révisorat. "C'est terminé depuis 2001", a-t-il dit, assurant aussi n'avoir plus signé le moindre dossier de révisorat depuis 1994, date à laquelle il est devenu ministre pour la première fois.
Mandats litigieux
La Cour de cassation et l'Institut des réviseurs d'entreprise (IRE) ont par ailleurs jugé litigieux une quinzaine de mandats de BCG. "Ils seront remis sur le marché, quoi de plus naturel", a annoncé dimanche Michel Daerden.
Bernard Wesphael (Ecolo) et Jean-Luc Crucke (MR) ont affiché leur circonspection. "Il y a Daerden et la galaxie Daerden", a soulevé M. Crucke, invitant le gouvernement wallon à faire la "transparence totale", faute de quoi il exigerait une "Commission d'enquête parlementaire".
Le ministre de tutelle Paul Furlan sera interrogé mardi au Parlement. Indiquant que le gouvernement wallon s'apprêtait à sortir une circulaire pour clarifier la situation dans le secteur, le député de la majorité Maxime Prévot (cdH) a estimé que dans le dossier Daerden, il fallait reconnaître qu'il subsistait "quelques zones d'ombre".
Au PS liégeois, quelques grincements de dents ont été entendus. Le bourgmestre de Liège Willy Demeyer, la députée fédérale Marie-Claire Lambert se sont exprimés. Le député-bourgmestre de Seraing Alain Mathot également. "Ce sont encore de jeunes hommes politiques. Ils devraient écouter le message du président: on peut ne pas être d'accord, mais quand on n'est pas d'accord, on lave son linge sale en famille. A l'extérieur, la famille est toujours unie. Je suppose qu'il comprendra", a coupé court Michel Daerden à propos d'Alain Mathot. (belga/ca)


