La nomination pressentie de Monseigneur Léonard comme primat de Belgique succédant à Godfried Danneels "pourrait bien remettre en cause le compromis belge", a indiqué dimanche sur la Une la vice-première ministre Laurette Onkelinx. "Cela dépend de lui", a-t-elle précisé.
Rappelant qu'en vertu du protocole de l'Etat, le primat de Belgique se situe par exemple avant le président de la Cour constitutionnelle, Mme Onkelinx a souligné que les positions jugées conservatrices de l'évêque André-Mutien Léonard pourraient remettre en cause le compromis belge qui se fonde sur le principe de neutralité.
"Je pourrais dire que cela ne concerne que les catholiques et qu'il y a chez nous une séparation entre l'Eglise et l'Etat. Mais nous ne vivons pas comme en France dans un pays laïc, mais dans un pays neutre qui a réussi à mettre en place un dialogue avec les laïcs et les représentants des différentes confessions pour un vivre-ensemble qui se passe de manière tout à fait harmonieuse", a-t-elle fait valoir, observant que Monseigneur Danneels avait joué un rôle "extraordinaire" à cet égard.
En revanche, a estimé Mme Onkelinx, Monseigneur Léonard a "souvent remis en question des décisions prises par le parlement" et a "des positions éthiques qui posent problème, notamment son opposition à l'avortement et à l'euthanasie".
Division à Namur
La désignation de l'évêque de Namur annonciatrice d'une reprise en main doctrinale de l'Eglise de Belgique divise également le diocèse namurois et relance le débat sur l'avenir de l'Université catholique de Louvain (UCL).
"Un évêque, c'est quelqu'un pour moi qui rassemble les sensibilités différentes pour essayer de dégager un projet pastoral commun. Ce n'est pas ce qu'il a fait. Il a imposé sa ligne. Je redoute que pour l'archidiocèse, ce soit la même chose", explique l'abbé Philippe Goffinet, doyen de Dinant.
Université Catholique de Louvain
L'homme s'inquiète également de l'avenir de l'UCL. "Je crains tout particulièrement pour l'Université Catholique de Louvain, et notamment ses recherches bioéthique, dans la mesure où il va devenir grand chancelier. Le cardinal Danneels avait réussi à jouer le coussin amortisseur, et malgré les injonctions romaines, Louvain a continué son travail. tout cela risque de revenir sur la table. Il serait dommage que l'UCL quitte le monde catholique où elle exerce un poids important", poursuit-il.
Mais Mgr Léonard a également ses partisans tels que le chanoine namurois Michel Dangoisse. "Sur le plan dogmatique, Mgr Léonard est rigoureux, intraitable, mais au niveau de la morale, il est miséricordieux jusqu'à l'extrême limite de ce qui est possible. Eliminer des embryons humains dans une université catholique, c'est un scandale éthique et Mgr Danneels n'a jamais dit mot. Or il faut savoir hurler quand cela ne va pas. Mgr Léonard est courageux, il a osé tranché des sujets brûlants", conclut-il. (belga/ca)


