Des peines allant jusqu'à 10 ans de prison pour les kamikazes

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Par: rédaction
10/01/08 - 20h26

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné jeudi à des peines comprises entre 28 mois et dix ans de prison les cinq membres d'une filière d'envoi de combattants islamistes en Irak. Le tribunal a considéré qu'ils étaient membres d'une organisation terroriste.


Ces cinq hommes étaient notamment poursuivis pour avoir contribué au passage en Irak de la Belge Muriel Degauque, la première femme occidentale à se faire exploser en Irak, le 9 novembre 2005, soit un jour avant que son mari, Issam Goris, ne se fasse tuer par les forces américaines alors qu'il aurait été porteur d'une ceinture d'explosifs.

Extrémisme
Cette filière avait déjà envoyé deux personnes en Irak et d'autres semblaient prêts à partir si le groupe n'avait pas été démantelé. Pour le tribunal, ces hommes faisaient part d'un des groupes les plus dangereux qui soient, les milices islamistes qui "utilisent des moyens indignes" et "rêvent de créer une guerre civile interconfessionnelle pour amener au pouvoir un régime rétrograde". Le tribunal a retenu leur extrémisme, leur intransigeance et leur mépris de la vie humaine.

Bilal Soughir, qui a été reconnu comme le chef de ce groupe terroriste a été condamné à 10 ans de prison, soit le maximum de la peine. Pour le tribunal, Bilal Soughir, Belge d'origine tunisienne, est l'homme qui a fédéré, noué les contacts avec les activistes au niveau international. Ayant voyagé en Turquie, au Kenya, en Syrie et en Ukraine, il était notamment en contact suivi avec Abou Mazen, un recruteur installé en Turquie du réseau Al Zarqaoui, relais d'Al Qaïda en Irak.

Nationalité belge
"C'est l'archétype de l'idéologue islamiste dont la vision du monde est hermétique", a dit le président. Le tribunal s'est demandé si, face à des individus comme Bilal Soughir, le pouvoir législatif ne devrait pas prévoir des mesures pour leur retirer la nationalité belge. Le président s'est interrogé sur ce qu'ils auraient pu faire en Belgique si les forces armées belges avaient été présentes en Irak.

Younes Loukili, qui a été combattre en Irak, y a perdu une jambe en novembre 2004. Il a été condamné à cinq ans avec sursis pour ce qui excède la préventive qu'il a purgée, la perte de membre constituant une sanction indirecte de son comportement, a estimé le tribunal. En octobre dernier, lors de l'instruction d'audience, il avait reconnu pour la première fois avoir combattu en Irak, à Falloujah, et avoir été blessé dans un bombardement. Un de ses compagnons, parti avec lui en Irak, y est mort.

Kamikazes
Nabil Karmun, considéré comme "le lieutenant zélé et l'âme damnée de Bilal Soughir", toujours "attentif à n'agir que dans l'ombre" a été condamné à cinq ans, dont deux ans avec sursis. Le tribunal a souligné que son attachement aux thèses islamistes les plus extrêmes restait intact. Cet homme, considéré comme un idéologue par le tribunal, avait notamment acheminé des fonds au réseau.

Pascal Cruypenninck, qui préparait son amie rwandaise de 17 ans à suivre l'exemple de Muriel Degauque, a été condamné à cinq ans de prison. Peu après l'attentat de la kamikaze belge, il avait été prévenu par Bilal Soughir et lui avait répondu "C'est notre tour maintenant", faisant, selon le tribunal, référence à lui-même et à sa compagne. L'enquête a en effet montré qu'il l'avait conditionnée à aller mourir en Irak en glorifiant auprès d'elle l'attentat de Muriel Degauque et en l'isolant de ses proches.

Guerre de religion
Le tribunal a rejeté les arguments de la défense qui disait que les prévenus avaient agi comme combattants réguliers participant à un conflit pour la libération nationale du pays. Si ce statut leur avait été reconnu par le tribunal, ils n'auraient pu être condamnés pour terrorisme. L'intention première des prévenus "n'était pas de chasser les troupes américaines d'Irak pour restaurer la souveraineté bafouée. Leur objectif réel était de se livrer à une guerre de religion et à une croisade anti-occidentale" pour instaurer une théocratie, a dit le président du tribunal, Pierre Hendrickx, faisant remarquer que lors de leurs conversations, il n'y avait jamais aucune référence au peuple irakien.

Un sixième prévenu, qui n'était pas poursuivi pour participation à une organisation terroriste mais pour des faux, a obtenu la suspension du prononcé. La défense de Bilal Soughir a d'ores et déjà annoncé qu'elle ferait appel. Un recours est "très probable" concernant Cruypenninck, a indiqué son conseil.

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