MISE À JOUR
Plusieurs dizaines de magistrats se sont rassemblés jeudi matin dans la salle des pas perdus du palais de justice de Charleroi pour manifester leur opposition aux projets de modification du régime des pensions qui les touche.
Ces magistrats des différentes juridictions, de l'instruction, du parquet et des membres du personnel des différents greffes se sont rassemblés vers 9 heures, pour entendre la vice-présidente du tribunal, Mme Annie Philippart, donner connaissance de la protestation des différentes unions professionnelles représentant la magistrature, face à ce qu'elle a appelé la volonté d'adopter "à la hussarde" ces modifications.
Elle a détaillé les conséquences des modifications annoncées et présentées sans concertation aucune, "dans l'ignorance totale de la justification du régime actuel et sans aucune réflexion sur les conséquences de telles mesures". Mme Philippart a notamment souligné la réduction de 30% du montant de la pension par rapport à la situation actuelle et le fait que le régime proposé par l'amendement mettrait en péril tout le système de recrutement dans la magistrature.
Namur
A Namur également une cinquantaine de magistrats (juges, substituts, personnel des différents greffes, etc.) se sont réunis ans la salle des pas perdus du palais de justice de Namur. Selon le président du tribunal de première instance de Namur, Paul Mention, les magistrats déplorent les amendements d'origine parlementaire qui ont été faits.
Nivelles
Les magistrats de Nivelles, quant à eux, ont arrêté le travail jeudi, de 9h à 9h30. Les audiences ont donc été suspendues. La présidente du tribunal de première instance, Michèle Loquifer, et une représentante du parquet ont pris la parole pour expliquer que la réforme, qui portera atteinte à des droits acquis, n'a pas fait l'objet d'une concertation avec le Conseil de la magistrature, pourtant légalement compétent pour remettre des avis sur toutes les questions concernant le statut des magistrats.
Ceux-ci déplorent que les modifications introduites dans le régime de pension ne tiennent pas compte de la spécificité de la carrière. Ils redoutent que la plupart des magistrats actuellement en fonction n'atteignent jamais la pension complète. Dans une profession dont le recrutement pose déjà problème, avec un statut où les avantages sociaux extralégaux sont totalement absents, les magistrats craignent que cette remise en cause de leur régime de pension décourage encore davantage les candidats.
"Cela s'est fait sans concertation aucune, c'est pourquoi nous menons aujourd'hui cette action afin de marquer le coup", a-t-il indiqué. "En allongeant le temps de carrière des magistrats en vue de la pension complète, on va notamment restreindre la capacité de certaines personnes à avoir accès à la magistrature", a-t-il ajouté.
Des dérives à la "française"
Le président du tribunal de première instance a encore indiqué que les modifications du régime des pensions risquaient d'entraîner des dérives "à la française", avec des "bébés juges". "Le risque est d'avoir de très jeunes magistrats à qui il manque l'expérience, l'intelligence et la sensibilité que l'on acquiert après une longue carrière", a ajouté pour sa part le procureur du Roi de Namur, Philippe Dulieu.
Après la prise de parole de quelques minutes de Paul Mention et Philippe Dulieu dans l'une des chambres correctionnelles, les audiences ont pu reprendre.
Bruxelles
A Bruxelles, une centaine de magistrats du parquet, du parquet-général, des tribunaux et cours ont également mené une action de protestation.
Huy
Les trente magistrats hutois ont protesté également en se réunissant dans le hall du palais, où le président du tribunal de première instance de Huy.
Des magistrats reçus par la ministre
La ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, devait recevoir jeudi midi des représentants d'associations de magistrats, inquiets de la réforme des pensions préparée par le ministre Vincent Van Quickenborne, a-t-on appris auprès de son cabinet.
Les associations de magistrats ont demandé un entretien à la ministre qui recevra des délégués à 12h00, a précisé le cabinet de Mme Turtelboom (Open Vld). (belga/cb)


