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Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a implicitement critiqué mercredi l'attitude de "représentants de commerce" parfois adoptée par d'autres entités fédérées dans leurs relations avec des pays où se pose la question du respect des droits de l'Homme et de l'état de droit, sans citer aucun cas concret.
Interrogé en commission des relations extérieures de la Chambre sur le cas de la Birmanie - jadis au ban des nations, mais qui bénéficie d'une levée progressive des sanctions décrétées contre son régime militaire, y compris de la part des Etats-Unis -, M. Reynders (MR) s'est dit partisan d'une approche cohérente en matière de politique étrangère et d'une levée prudente et conditionnelle des sanctions.
Une visite politique en premier lieu
"J'ai l'intention de me rendre sur place", a-t-il dit, mais en insistant pour que les différents niveaux de pouvoir respectent la séquence d'une visite d'abord "politique" - sous-entendu du chef de la diplomatie fédérale - avant celle d'un "représentant de commerce". Il visait ainsi implicitement les Régions, qui sont responsables de l'essentiel des compétences économiques et commerciales, et la mission en Libye du ministre-président flamand, Kris Peeters (CD&V), en décembre dernier.
"Comme je l'ai dit dans ma note de politique générale, je suis prêt à défendre fermement les droits de l'Homme et un certain nombre de valeurs universelles que nous partageons (...). Mais c'est beaucoup plus difficile à faire si je dois le faire à la suite de la visite d'un représentant de commerce régional venu proposer les services d'un certain nombre d'entreprises. Je reste convaincu que dans certains pays - et c'est ma position dans le cas présent -, il faut d'abord organiser une visite politique, afin de voir comment évolue la situation sur place, avant d'imaginer des visites purement commerciales", a expliqué M. Reynders.
"Je l'ai dit au Sénat et cela vaut pour les différentes Régions, je ne pourrai pas indéfiniment accepter un double langage selon que des formations politiques siègent à l'échelon fédéral ou à l'échelon régional. Je ne vise pas votre formation, je vous ai dit à qui je m'étais adressé au Sénat. Je ne peux pas mener une politique de relations extérieures en étant pour partie en porte-à-faux avec ce que choisiraient de faire des majorités dans des assemblées et gouvernements régionaux", a-t-il poursuivi.
"Pour la Birmanie, je suis vraiment convaincu. Pour la Libye, tout avait été préparé avant que je n'arrive et je ne me suis pas opposé à une mission d'une Région là-bas, même si elle avait une connotation plus commerciale et économique que politique. Je serai en Libye la semaine prochaine. Je pense qu'il faut vraiment entamer une démarche politique avant d'aller plus loin. Pour la Birmanie, j'insiste pour qu'on respecte cette séquence. Si ce n'est pas le cas, je demanderai aux groupes politiques d'intégrer, dans leurs réflexions, leur attitude aux différents niveaux de pouvoir. On ne peut pas plaider au fédéral pour une défense des valeurs, des droits de l'Homme et pour un débat politique et puis mettre tout cela dans sa poche lorsqu'on prend sa valise de représentant de commerce à l'échelon régional", a fait valoir le ministre des Affaires étrangères.
"Que les envolées lyriques aient des effets"
"Je souhaiterais que les grandes envolées lyriques sur les droits de l'Homme au fédéral soient suivies d'effets lorsqu'on s'exprime dans des parlements régionaux", a-t-il lancé.
Il n'a nommément cité aucun responsable régional. Mais M. Reynders, qui se rendra lundi prochain en Libye, quelques mois après le renversement du régime du colonel Mouammar Kadhafi à la suite d'une insurrection populaire lancée à la mi-février 2011, a été précédé à Tripoli par M. Peeters. Celui-ci s'y était rendu en décembre à la tête d'une mission économique flamande, affirmant que la Flandre voulait jouer un rôle dans le cadre du processus de reconstruction du pays et récoltant l'un ou l'autre contrat.
Les Affaires étrangères avaient demandé à M. Peeters de reporter cette visite à une date ultérieure, après celle prévue d'un ministre fédéral, en l'occurrence le prédécesseur de M. Reynders à la tête de la diplomatie belge, Steven Vanhackere (CD&V), mais qui ne s'était pas concrétisée avant l'entrée en fonction du gouvernement Di Rupo 1er, le 5 décembre dernier.
Lors de sa visite à Tripoli, M. Peeters avait notamment assuré que "la Belgique" allait prendre les premières mesures nécessaires au déblocage des avoirs libyens gelés en février 2010 dans le cadre des sanctions imposées au régime du colonel Kadhafi pour sa répression brutale de l'insurrection - qui a fini par le renverser et le tuer. (belga)


