Différents anciens de l'ULB, connus du public pour leur carrière universitaire, philisophique, littéraire ou sociale, choqués par les événements de mardi soir à l'ULB, ont adressé une lettre ouverte aux autorités de l'université. La voici dans son intégralité, telle que publiée par nos confrères du Soir.
Monsieur le Président, Monsieur le Recteur,
Ce mardi, le cycle "Culture d'Europe" de l'ULB nous avait convié à un débat intitulé "L'extrême droite est-elle devenue fréquentable?" Des "personnes" appartenant à notre maison, aux propos haineux et violents, utilisant des techniques réprouvées d'intimidation bien connues des mouvements extrémistes se sont invitées pour confisquer notre espace de liberté, de dialogue et de respect de l'Autre. Leur objectif, et ils l'ont atteint, étaient d'empêcher, aux cris de "Burqua-bla-bla" Caroline Fourest, oratrice invitée pour déconstruire les discours de l'extrême droite, de s'exprimer en terre ULB, parce que selon eux, ses combats contre les intégrismes de tous bords avaient, par le passé, porté ombrage à leur maître à penser, Tariq Ramadan.
La quête turbulente des contestataires de mai 1968 se déclinait en volonté de participation, de recherche de la vérité, et de débat structuré par la pratique du libre examen.
Les gesticulations vociférantes des trublions à visages masqués de ce mardi soir ont donné le signe d'un retour à l'obscurantisme et à l'intolérance en refusant le principe d'un débat respectueux auquel les organisateurs de la conférence les avaient d'emblée invités. Les évènements qui ont secoué l'amphithéâtre K ont fait de ce 7 février 2012, le mardi noir de l'histoire de notre maison. Ils sont désormais inscrits dans notre histoire par l'atteinte profonde qu'ils ont portée à nos valeurs, nos idéaux, nos principes, fondements mêmes de la création de l'Université Libre de Bruxelles en 1834. Nous avons dépassé le stade des menaces, déjà dénoncées, puisque le passage à l'acte a bien eu lieu.
Au delà de la personnalité du meneur et de ses comparses, de leurs convictions et objectifs réels d'extrémistes intolérants, lesquels ont sans la moindre équivoque éclaté au grand jour, ce sont les fondements même de l'existence de l'ULB qui ont été attaqués.
Certes le processus est en cours depuis des années mais son accélération récente est particulièrement inquiétante.
Mardi, un pas de plus, celui de trop, a été franchi qui a révélé la mise en place d'un système visant à la déconstruction non seulement de l'ULB et de ses valeurs, mais également celle de notre culture sociétale enchâssée à la pratique de la tolérance et du respect de l'Autre, quel qu'il soit. Au dialogue qui leur était proposé, ils ont répondu par des cris inintelligibles, dénués du moindre argument et de toute idée de fond, portant directement atteinte aux principes de la démocratie.
Ce qui s'est passé mardi est le résultat d'une manifeste naïveté des autorités à croire que les intéressés, déjà connus pour de semblables dérapages, seraient respectueux de nos valeurs et respecteraient le crédit qui leur était offert. Au contraire, ils ont démontré par leur inacceptable comportement qu' ils détournent le libre examen et le principe de tolérance pour imposer leur loi et fissurer de l'intérieur le lieu qui les a accueillis avec bienveillance.
La tolérance a ses limites. Elles étaient atteintes depuis longtemps et ont été dépassées ce 7 février 2012.
Dans l'édition du Soir de ce mercredi, Caroline Fourest concluait: "Ces gens ont pris le pouvoir dans l'Université. Je n'y viendrai plus". Les anciens, les sympathisants et la majorité des étudiants de l'ULB dont nous avons reçu de nombreux témoignages consternés risquent eux aussi de s'en détourner.
Monsieur le Président, Monsieur le Recteur, il est urgent de faire respecter nos valeurs par tous et toutes qui se réclament de l'ULB. Il est urgent d'être intransigeant sur ce que nous considérons comme le sens même de notre vie: l'expression libre mais argumentée de l'esprit critique, l'égalité des genres, la démocratie, le respect de l'Autre. Il est urgent de promouvoir au sein de notre institution les principes de laïcité politique que nous prônons pour la société.
Il est urgent de ne plus admettre qu'une approche dogmatique, de nature religieuse ou autre, quelle qu'elle soit, d'où qu'elle vienne, profitant de notre espace de liberté, s'immisce dans notre institution pour en violer les fondements.
Le débat démocratique nous serait donc désormais interdit? Caroline Fourest ne peut plus s'exprimer aujourd'hui et demain. Qui d'autre après elle?
Depuis plusieurs années déjà, les autorités de l'ULB ont été averties des risques de cette ouverture sans limites à ceux qui ont comme but affirmé de détruire les fondements laïques de notre société, ceci avec une complaisance démagogique de plusieurs partis politiques démocratiques.
Nous avons plusieurs fois regretté la relative timidité des réactions des autorités de l'université en regard du malaise grandissant tant des membres de la maison que d'anciens de l'ULB dont un nombre croissant ne se reconnaissaient plus dans notre université.
Ce sentiment a atteint un paroxysme mardi soir.
Nous vous exhortons donc à siffler la fin de cette mauvaise récréation.
Les sanctions ne peuvent être différées. Elles sont nécessaires pour que l'on sache qu'à l'ULB on ne peut agir en dehors des règles fondatrices de notre société, qui réprouve tout acte de nature terroriste, même sans armes.
Non seulement l'instigateur qui n'a simplement pas sa place dans l'université mais toutes les personnes ayant été actives mardi, et ceux dont l'agitation est connue, doivent être visés par les autorités compétentes.
Au delà du communiqué de presse ayant trait aux actions qui seront prises vis-à-vis du triste meneur, nous attendons des autorités de notre université un communiqué clair, fort, sans ambiguïté affirmant la défense de nos valeurs et signifiant à ceux et celles qui ne les partagent pas, qu'ils et elles n'ont pas, ou plus, leur place à l'Université Libre de Bruxelles. Seule cette attitude permettra à la lumière de briller à nouveau dans les ténèbres.
Les signataires de cette lettre ouverte sont:
Elie Cogan, Médecin, Ancien Doyen de la Faculté de Médecine
Chemsi Cheref-Khan, Docteur en Droit et licencié en sciences sociales
Gisèle De Meur, Professeur de Mathématiques
Catherine François, Enseignante, Présidente de SOS Viol
Nadia Geerts, Philosophie, Maître-assistante en Philosophie à la Haute Ecole de Bruxelles (Defré)
Marc Parmentier, Médecin-Chercheur à l'IRIBHM, Prix Francqui 1999
Jamila Si M'Hammed, Psychiatre, Présidente du Comite Belge Ni Putes NI Soumises.
Jeanine Windey, avocat, licenciée en droit, ancienne assistante à l'ULB
Les lecteurs qui souhaiteraient exprimer leur adhésion au contenu de cette lettre ouverte peuvent signer la pétition qui sera ouverte sur le site lapetition.be
(acx)


