Le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht (Open VLD), a défendu mercredi l'engagement militaire belge en Afghanistan, et son accroissement à venir, par la nécessité d'assurer ainsi "notre propre sécurité", notamment face à la montée de l'islamisme radical.
"Notre sécurité"
"Il y a un lien entre l'engagement de l'OTAN en Afghanistan et la sécurité de la zone euro-atlantique", et donc "notre propre sécurité", a-t-il affirmé devant les commissions des Affaires étrangères et de la Défense de la Chambre et du Sénat. Il a rappelé la situation du pays sous le régime des talibans, renversé en 2001 par l'intervention des Etats-Unis alors que l'Afghanistan était alors un "failed state", un "Etat défaillant".
Même si le gouvernement du président Hamid Karzaï reste "faible et peu efficace", il faut bâtir en Afghanistan "un Etat de droit, capable aussi d'assurer sa sécurité et celle de son peuple", a ajouté M. De Gucht.
Menace pour l'europe
Il a repris à son compte les propos du secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, qui a affirmé le week-end dernier que le fondamentalisme islamique représentait une "menace pour l'Europe" et ne disparaîtra pas rapidement. "Des attentats ont été déjoués, y compris en Belgique", a souligné M. De Gucht. "On y est pour longtemps mais c'est crucial", a-t-il poursuivi.
Il a souligné que la contribution belge à la force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) dirigée par l'OTAN ne représentait qu'1%, près de 400 militaires sur un effectif total de plus de 43.000 hommes. "C'est moins que notre contribution financière" à l'Alliance atlantique, a noté le chef de la diplomatie. Son collègue de la Défense, Pieter De Crem (CD&V), a quant à lui souligné qu'il manquait toujours des troupes à l'ISAF pour remplir sa mission, une semaine après une réunion ministérielle de l'OTAN à Vilnius.
Le gouvernement Verhofstadt III a décidé le 1er février de dépêcher quatre chasseurs-bombardiers F-16, qui seront mis en oeuvre par une centaine de personnes, en coopération avec les Pays-Bas depuis l'aéroport de Kandahar (sud de l'Afghanistan) à partir du 1er septembre au profit de l'ISAF, pour une durée initiale de six mois.
Missions prolongées
Le Conseil des ministres aussi décidé de prolonger plusieurs missions en cours, comme la protection de l'aéroport international de Kaboul (KAIA) jusqu'au 31 décembre, la participation à une Equipe provinciale de Reconstruction ("Provincial Reconstruction Team", PRT) allemande à Kunduz, dans le nord, jusqu'au 31 décembre, et le commandement de KAIA jusqu'au 1er octobre, date de la reprise de la gestion de l'aéroport par la Hongrie.
L'armée belge va également dépêcher un renfort "temporaire", à partir du 1er avril, de deux sections (soit vingt hommes) pour épauler la compagnie de protection à Kaboul lors du déménagement des installations de l'ISAF du côté sud de l'aéroport, vers le nord.
Le gouvernement a enfin décidé d'envoyer une équipe d'une vingtaine d'instructeurs ("Operational Mentoring Liaison Team", OMLT en jargon de l'OTAN) chargée d'encadrer l'armée nationale afghane (ANA) "à partir du 1er octobre au plus tôt". Cette équipe sera basée dans la région de Kaboul ou de Kunduz.
Plusieurs parlementaires ont insisté mercredi, lors d'un débat largement caractérisé par le clivage entre majorité et opposition, sur la nécessité pour l'OTAN de définir une "stratégie de sortie" pour sa mission afghane.
Flahaut
L'ex-ministre de la Défense, le député André Flahaut (PS), a ainsi introduit un projet de résolution qui demande au gouvernement de "réclamer au sein de l'Alliance la définition d'une stratégie de sortie claire et précise", notamment lors du prochain sommet de l'OTAN, du 2 au 4 avril à Bucarest.
Ce texte demande aussi de confirmer auprès de l'OTAN l'existence de restrictions d'emploi nationales ("caveats") sur l'usage des F-16 belges "dans un souci de protection et de sécurité des militaires". Chaque pays engagé dans une opération militaire a le droit d'imposer de telles restrictions, a souligné M. Flahaut. (belga)


