Ils auraient immolé leur victime pour la voler
Poursuivis pour incendie volontaire d'un immeuble à appartements et pour meurtre pour faciliter le vol à Boussu en février 2006, Jean-Claude Estievenart et David Deklerk seront jugés dès lundi par la cour d'assises du Hainaut. Ils avaient bouté le feu à l'appartement de Michaël Noël après l'avoir drogué avec des calmants afin de le voler.
Le 2 février 2006, vers 12h, c'est un voisin de Michaël Noël qui avait donné l'alerte: il avait remarqué la présence de traces noirâtres d'incendie sur la porte de palier de la victime. Arrivés sur les lieux, avenue de la Résistance à Boussu, les services de secours avaient été obligés de fracturer la porte car l'occupant ne répondait pas.
A l'intérieur, ils ont constaté que l'appartement était envahi de fumées et de suie et qu'il flottait encore dans l'air l'odeur caractéristique d'un dérivé pétrolier. La dépouille de Michaël Noël gisait sur le sol du living. Le corps présentait des blessures à plusieurs endroits.
L'expert en incendie dépêché sur les lieux a détecté la présence de trois foyers qui ont dégagé des fumées noires très chargées en carbone. Il a conclu que l'incendie aurait pu se propager à tout l'immeuble si l'appartement n'avait pas été aussi mal ventilé. Les fibres et tissus touchés par l'incendie avaient aussi limité la propagation du feu.
Les médecins légistes ont relevé la présence sur le corps de larges brûlures externes, au second et au troisième degrés, sur les membres supérieurs et inférieurs ainsi que sur le tronc. Les médecins ont aussi noté l'existence de brûlures sur tout le corps, comme s'il s'agissait de foyers plus marqués faisant penser à des projections de produit accélérant. Les vêtements dégageaient de plus une odeur très importante de pétrole. L'examen pratiqué sur le poumon a confirmé l'existence d'une asphyxie totale.
Les soupçons se sont rapidement portés sur Jean Estievenart. Plusieurs personnes avaient en effet entendu parler de démêlés entre celui-ci et la victime. Lors de sa première audition, le suspect avait reconnu avoir passé une partie de la nuit avec la future victime, chez qui il se rendait souvent et qui lui devait de l'argent. Il avait affirmé qu'il avait pris un décodeur TPS et un briquet malgré le refus de Michaël Noël parce qu'il pensait n'avoir aucune chance de récupérer son argent autrement. Ce geste aurait provoqué une dispute. Michaël Noël se serait ensuite endormi en raison de son ivresse. Jean Estievenart affirmait cependant ne pas être lié à la mort de la victime.
Estievenart avait évoqué le nom de David Deklerk comme témoin. Celui-ci avait tout d'abord nié avoir eu un contact avec la victime avant de raconter ce qui s'était passé. Estievenart lui avait raconté que Noël lui devait de l'argent. Il avait ajouté que ce dernier voulait s'immoler et qu'il fallait l'y aider. C'est pourquoi tous deux étaient partis au domicile de la victime avec du White Spirit et des allumettes.
Arrivés à destination, David Deklerk avait constaté que Michaël Noël était franchement ivre. Il avait vu qu'Estievenart versait le contenu de la boîte contenant des Valium et des Temesta dans un verre d'alcool et il avait donné le breuvage à la victime qui ne s'était rendue compte de rien. Noël s'était endormi. Des soubresauts et des spasmes agitaient le dormeur mais Estievenart mangeait sans s'en soucier. Il avait ensuite déversé du White Spirit à plusieurs endroits, avant de bouter le feu au corps de la victime. Deklerk et Estievenart étaient partis avec des objets. Estievenart s'était débarrassé de la boîte contenant les Valium dans la nature.
Le procès devrait durer au minimum 4 jours. Il sera présidé par Olivier Delmarche. Le ministère public sera représenté par Charles Buisseret. Jean-Claude Estievenart sera défendu par Me Itani et Decamps, tous deux du barreau de Mons et David Deklerk par Maître Guttadauria, également du barreau de Mons. Les parties civiles seront représentées par Me Cornille et Me Dieu, du barreau de Mons. (belga)