La présidente de la cour d'assises de Bruxelles-Capitale, la juge Karin Gerard, en a terminé mardi midi avec l'interrogatoire de tous les accusés, au procès du meurtre de Lionel Isenge, 22 ans.
"Orson" Mangala, 21 ans, "Mulayi" Fabrice Mukuna, 21 ans, Popaul Lomami, 21 ans, "Grace" Kialanda, 20 ans, et Trésor Mutamba, dit "Pirate", 23 ans, détenus à la prison de Forest, répondent de ce crime, présumé commis la nuit du 22 au 23 octobre 2005, devant la discothèque "Lounge Bar", rue Henri Maus, à proximité de la Bourse, dans le centre de Bruxelles.
Selon le ministère public, les cinq accusés sont membres d'une bande urbaine, les Black Wolves, née à Matonge, le quartier "black" d'Ixelles mais qui a tenté d'étendre son influence jusqu'à certains établissements de l'avenue de la Toison d'Or et du centre de Bruxelles. Les Black Wolves auraient été dirigés par "Orson" jusqu'à son arrestation et ce dernier aurait prétendu avoir la mainmise sur le Lounge Bar, d'où l'origine de la querelle. Car la victime était, quant à elle, le leader des "Finest" également surnommés bande de Berchem-Sainte-Agathe où elle est née.
Grace Kialanda a reconnu mardi matin qu'il s'est muni d'un couteau de cuisine qu'il a caché dans son pantalon, avant de se rendre au Lounge Bar. Selon l'accusation, cependant, il ne pouvait pas savoir que Lionel Isenge et les Finest allaient venir également dans le même établissement. En effet, la sortie de ceux-ci fut improvisée la nuit même. Le quatrième accusé a précisé qu'il avait pris ce couteau parce qu'il avait déjà été agressé et notamment, en septembre 2004, par la victime et par ses compagnons des Finest qui l'avaient rossé. Grace Kialanda a encore ajouté que tout se passait bien quand il dansait au Lounge Bar, qu'il a beaucoup bu et qu'il s'est calfeutré dans un divan pour se reposer un peu.
"A ce moment-là, a poursuivi le quatrième accusé, j'ai aperçu une bousculade. C'étaient les portiers qui conduisaient Lionel vers la sortie. Je suis allé dans les toilettes et j'ai changé mon couteau de place pour le mettre dans ma poche droite. J'ai rejoint le groupe qui se dirigeait vers la sortie mais j'ai attendu un peu avant de sortir. Quand je suis sorti, j'ai vu Lionel se diriger vers Orson avec une bouteille et il l'a lancée dans sa direction. Puis, le regard de Lionel a croisé le mien...".
La présidente Gerard a demandé à Grace Kialanda comment la victime avait pu croiser son regard, alors qu'un autre accusé prétend qu'elle était isolée face à un groupe de Black Wolves et qu'elle se défendait âprement. Le quatrième accusé n'a pas répondu et a poursuivi son récit. "J'ai sorti le couteau et j'ai allongé le bras. Puis, il y a eu un choc violent. Pour moi, c'est le corps de Lionel qui est venu toucher le couteau. La lame s'est enfoncée jusqu'au manche. J'ai lâché et le couteau est resté planté, près de la hanche gauche de Lionel. Il n'est pas tombé et la bagarre a continué. J'ai attendu l'arrivée de l'ambulance et j'ai alors pris un taxi pour rentrer. J'étais persuadé que Lionel était seulement blessé", a ajouté Grace Kialanda.
Appelé à faire un commentaire sur ces évènements, le quatrième accusé a indiqué: "J'assume l'entière responsabilité de ce que j'ai fait. Je suis responsable d'avoir allongé le bras. Je prends mes responsabilités pour ce que j'ai fait mais pas pour le reste. Je ne suis pas content. D'abord, parce que je suis ici aux assises. Et puis, parce que je regrette. Mon moral est KO. Je veux exprimer mes regrets. J'ai allongé le bras pour toucher mais pas pour tuer". Interrogé par le procureur général, Bernard Dauchot, Mulayi Mukuna a répété que tous les adversaires de la victime, la nuit des faits, étaient membres des Black Wolves. L'audience reprendra mardi en milieu d'après-midi. (belga)
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