Des sans-papiers occupent depuis ce lundi matin l'église Saint Jean-Baptiste à la place du Béguinage à Bruxelles et réclament une régularisation de tous les sans-papiers selon des critères clairs, a fait savoir leur porte-parole, Abdeslam El-Yacoubi, lors d'un point presse qui s'est tenu dans l'église.
"Il n'est pas question de négocier avec le ministre de l'Intérieur ou le directeur de l'Office des étrangers, ou plutôt l'Office de la honte, qui disposent d'un pouvoir discrétionnaire. Nous voulons une régularisation selon des critères clairs", a-t-il dit.
Dans un courrier adressé au bourgmestre de Bruxelles, le curé de la paroisse a précisé que les sans-papiers se sont engagés à ne pas organiser de grève de la faim. Mais les occupants de l'église se montrent moins catégoriques. S'il n'est pas question de grève de la faim à ce stade de l'occupation, ce type d'action n'est pas totalement exclu. Cela dépendra de l'évolution de la situation, prévient-on.
Le choix des actions que mèneront les occupants devrait être décidé ce lundi soir au cours d'une assemblée générale à laquelle sont invités les syndicats et les associations "qui souhaitent apporter leur soutien". L'église du Béguinage ne pourrait accueillir que 100 occupants au maximum. Cette occupation est envisagée depuis septembre dernier.
Le choix de l'église du Béguinage est avant tout symbolique, a rappelé Abdeslam El-Yacoubi. Une longue occupation de sans-papiers dans cette église avait en effet débouché en 2000 sur une régularisation collective.
Les sans-papiers gardent donc espoir même s'ils ne cachent pas leur lassitude. "Après une soixantaine d'occupations et un dizaine de grèves de la faim, les politiques belges restent dans leur position et n'ont pas le courage de parler de régularisation. Quand on voit les milliers de travailleurs clandestins et les centaines de sans-papiers dans les centres fermés, on se dit qu'il faut revoir la politique de l'immigration. Mais nous réclamons d'urgence une régularisation. Nous souhaitons des garanties et non plus des promesses", a déclaré le porte-parole des occupants.
Le curé de l'église, Jean-Mathieu Lochten, a répété qu'il soutenait les revendications des sans-papiers dont leur demande de régularisation selon le critère notamment de l'attache durable.
Au sujet de l'occupation, il a indiqué que des gros frais avaient été engagés récemment pour la restauration de l'église et que la population serait choquée de voir l'église en désordre. "Nous ne laisserons pas cette fois le mouvement à ses dérives. Nous prétendons y être présents", a-t-il précisé dans son courrier envoyé au bourgmestre.
Cette lettre est une réponse à un courrier envoyé fin de la semaine dernière au doyen des paroisses de Bruxelles-Centre par le président du CPAS de Bruxelles-Ville et le bourgmestre et dans lequel ils se disent surpris et interpellés d'apprendre qu'une occupation programmée se fera avec l'accord préalable de la paroisse. Pour les autorités de Bruxelles-Ville, les occupations deviennent ingérables sur leur territoire.
Le curé Jean-Mathieu Lochten a répondu au bourgmestre qu'il cédait à la pression de gens dont le quotidien a des allures de cauchemar. "Nous participons depuis plusieurs semaines à une manifestation silencieuse, ces cercles du silence. Mais il n'y a guère d'écho à ce jour. Les sans-papiers sont plus impatients. Ce qu'ils demandent au gouvernement c'est, sur base de critères clairs, la reconnaissance d'un droit prévu dans la déclaration universelle des droits de l'homme", explique le curé dans sa lettre. (belga)


