Les familles des victimes refusent de jouer le jeu de Michel Fourniret.
Michel Fourniret a réitéré vendredi devant les assises des Ardennes (France) sa demande d'audiences à huis clos. Il a exercé une sorte de chantage sur les familles, laissant entendre qu'il pourrait parler si, de leur côté, elles obtenaient la tenue des débats à huis clos.
Contraint
Monique Olivier a assuré la cour de sa participation aux débats. Les familles des victimes ont dit qu'elles ne voulaient pas jouer dans le jeu de l'accusé. Michel Fourniret, 65 ans, qui est notamment jugé pour sept assassinats d'adolescentes et jeunes femmes en France et en Belgique, avait brandi jeudi un panneau "sans huis clos, bouche cousue". Vendredi matin, il avait refusé de quitter de son plein gré sa cellule pour gagner le palais de justice. Le président de la cour d'assises, Gilles Latapie, a, comme le prévoit le code de procédure pénale, demandé qu'il soit fait usage de la contrainte pour le faire comparaître. Mais Fourniret ne peut être forcé à parler.
Michel Fourniret a donc été interrogé vendredi après-midi par le président de la cour d'assises, Gilles Latapie, sur sa participation future aux débats. Ce dernier lui a précisé que chaque dossier d'assassinat serait examiné l'un après l'autre. "Si certaines affaires font l'objet d'une demande de huis clos des parties civiles, elles sont assurées de ma participation. Les autres, je ne peux pas m'engager", a dit Michel Fourniret, exerçant une forme de chantage envers les familles.
"Pas de huis clos"
Le huis clos est seulement acquis pour l'audition de "Marie", la jeune Cinacienne qui, en 2003 à l'âge de 13 ans, avait réussi à s'enfuir à un stop de la camionnette où Fourniret la séquestrait. Sa description du véhicule a permis l'arrestation de Fourniret. Par l'intermédiaire de la soeur de Fabienne Leroy, tuée par Fourniret, les familles ont dit qu'elles ne comptaient pas jouer le jeu de Michel Fourniret. "Les familles attendent la vérité et que les deux accusés participent aux débats sans huis clos", a dit Mme Leroy.
"Tout le monde doit savoir"
Hors audience, Jean-Pierre Laville a explicité cette position. "Ce que nos enfants ont subi, tout le monde doit le savoir. Cela peut arriver à tout le monde à la sortie de l'école. Tout le monde doit le savoir" pour que cela n'arrive plus et connaître la participation de Monique Olivier, a dit le père d'Isabelle Laville, tuée par Michel Fourniret. Michel Fourniret a répété sa position à plusieurs reprises dans un petit jeu du chat et de la souris avec le président. "Je crois à l'heure actuelle pouvoir m'engager de manière active et verbale aux débats s'ils se tiennent dans un huis clos. Dans l'autre cas, je ne le crois pas".
Il a motivé sa position par le fait que l'acte d'accusation, reprenant un exposé des faits et des expertises psychiatriques des accusés, contient selon lui des erreurs. Il a déploré en outre que cet acte d'accusation ait été coulé dans un document écrit largement diffusé.
"Le fondement du reproche de ce document est qu'il s'agit d'un écrit et les écrits restent. Mon sort importe peu. Le sort de ma descendance importe beaucoup plus. Dans dix ans, dans cinquante ans, un chroniqueur judiciaire pourra exhumer ce document poussiéreux des archives", a déclaré Michel Fourniret.
Fantasme
"Nous ne sommes pas à la Star Academy. C'est un débat contradictoire", lui a répondu le président de la cour d'assises avant de tenter de le ramener une nouvelle fois à la raison. "Michel Fourniret, je vous le dis, revenez au principe de réalité: nous ne sommes pas dans le fantasme ou le rêve", a dit M. Latapie. Michel Fourniret, ondoyant comme une anguille, n'a pas plié face au président qui lui a demandé de réfléchir. Il lui a simplement répondu par un "oui". Monique Olivier a assuré le président de sa participation aux débats. "Je serai là tous les jours et je ferai mon possible pour répondre", a-t-elle dit. (belga)


