Le pacte criminel de Fourniret et Olivier
Le parcours criminel de Michel Fourniret et de sa femme Monique Olivier était préfiguré dans une longue correspondance qu'ils ont échangée alors qu'ils ne se connaissaient pas et que Fourniret était détenu en 1987, a expliqué mardi une policière belge devant la cour d'assises des Ardennes.
"Ce n'était que des écrits", a répondu à plusieurs reprises Monique Olivier. Elle a expliqué que c'est son extrême solitude qui l'a motivée à rencontrer Fourniret bien qu'il eût déjà fait état dans cette centaine de lettres de son intention d'enlever des jeunes filles. Monique Olivier a encore démenti qu'elle ait, comme le pense un autre policier belge, qui l'a longuement interrogée en cours d'enquête, encore des choses à cacher. "J'ai tout dit. Je n'ai plus rien à dire", a-t-elle affirmé.
Peu de compassion
Tout au long de cette audience, mardi matin, elle n'a montré que peu de compassion pour les victimes, ne pouvant dire que des "je regrette beaucoup", suivis de longs silences, tête baissée avant, éventuellement, un "je n'ai rien à dire". Incarcéré pour faits de moeurs à Fleury-Mérogis (France), Michel Fourniret a passé en février 1987 une annonce dans le périodique catholique "La vie" pour trouver une personne qui l'aiderait à oublier sa solitude.
Monique Olivier, complètement isolée à l'époque, y répondra. Plus de cent lettres seront échangées avant la libération de Fourniret en octobre 1987. Le couple se mettra en ménage et enlèvera et tuera sa première victime deux mois plus tard. Catherine Beauret (Police judiciaire fédérale de Dinant) a décortiqué cette correspondance. "Ce qui nous a intéressés, c'est que Michel Fourniret dévoilera progressivement ses projets criminels pour ensuite y impliquer Monique Olivier", a-t-elle expliqué.
Le tueur en série présumé dévoile son passé d'abuseur sexuel dans ces lettres. Il y explique sa quête de la virginité et expose sa vision de la "lubricité des femmes qui cèdent à leurs pulsions". Il interroge Monique Olivier sur ses expériences sexuelles passées. Sa compagne le rassure en retour et lui confie ses expériences malheureuses avec son mari qui a la garde exclusive de leurs deux enfants. Le 25 août 1987, Michel Fourniret propose un pacte à Monique Olivier, a expliqué Mme Beauret. Il promet de la venger de son mari, en le tuant. En échange, elle devra lui proposer une jeune fille vierge.
"Bonnie and Clyde"Michel Fourniret sera de plus en plus précis et donne son programme pour leur avenir: avoir assez d'argent en devenant des "Bonnie and Clyde", "liquider les trois types" de Monique Olivier, "disposer d'une jeune fente", à savoir une jeune fille vierge et procéder à des enlèvements. Monique Olivier ne réagira pas directement mais, a dit Mme Beauret, "nous avons la certitude qu'elle a bien lu le programme". Interrogée en 2004, elle dira rétrospectivement aux enquêteurs qu'elle avait à l'époque "accepté de le (Fourniret) laisser trouver son plaisir là où il le voulait, quitte à sacrifier des gamines". Deux mois plus tard, le couple passera des mots aux actes.
Interrogée mardi, Monique Olivier a dit que cette lecture "est assez pénible à entendre", précisant qu'avec le "recul, je regrette tout ce que j'ai fait" ou, qu'à l'époque, "j'étais seule dans un désert" et que "je me raccrochais à quelqu'un". "Pour moi, c'était des écrits. Je ne pensais pas qu'il aurait été jusqu'au bout", a-t-elle encore dit, ne répondant que par phrases brèves, bien souvent tête baissée en attendant que l'attention se focalise ailleurs que sur elle, à toutes les parties qui l'interrogeaient.
Aveux incomplets?Les aveux de Monique Olivier en 2004 ne seront obtenus qu'après un an d'interrogatoires, menés notamment par l'inspecteur principal Stéphane Brasseur (PJF Dinant). "Je pense qu'elle n'a peut-être pas tout dit. C'est un sentiment personnel. Je pense à la jeune fille au pair", a-t-il expliqué mardi. Cette jeune femme, non identifiée, aurait été tuée par Michel Fourniret. "Elle ne nous a pas aidés. Je pense qu'elle sait des choses", a-t-il précisé.
"J'ai tout dit. Je n'ai plus rien à dire. Je ne vois pas pourquoi je cacherais d'autres choses", a rétorqué Monique Olivier. Elle a expliqué qu'elle n'a parlé que tardivement car elle ne voulait pas retrouver Fourniret qui allait vraisemblablement être libéré après un an de détention. "Comme je n'avais plus envie de le revoir, et Sélim (leur fils, NDLR) non plus, j'ai fait des aveux", a-t-elle dit, n'invoquant, qu'à demi-mots, l'incertitude des victimes et de leurs familles que sur insistance d'une partie civile. (belga)