Le ministre de la Coopération au développement, Charles Michel, a réaffirmé jeudi sa volonté de faire de la Belgique un pays "leader international" dans la lutte contre les violences sexuelles en République démocratique du Congo (RDC) et en particulier dans l'est, où ce fléau persiste, voire s'étend.
Il a ainsi annoncé son intention de lancer une campagne de prévention "de haut niveau" en faisant appel à des personnalités congolaises connues. M. Michel (MR), qui s'envolera dimanche pour la RDC, en compagnie de son collègue des Affaires étrangères Karel De Gucht (Open Vld) -pour rejoindre le ministre de la Défense Pieter De Crem (CD&V), présent à Kinshasa depuis quelques heures- a organisé jeudi une réunion de travail rassemblant quelque 25 experts dans le domaine des violences sexuelles, afin d'évaluer les actions menées et de préciser les priorités.
Le ministre a aussi confirmé l'envoi à Bukavu (Sud-Kivu, est de la RDC) de deux chirurgiens spécialisés dans la réhabilitation des organes blessés par les viols dont sont victimes de nombreuses femmes congolaises. "L'un est déjà sur place, l'autre devrait suivre", a-t-il indiqué, en annonçant sa volonté de "mieux structurer" l'aide fournie par la Belgique. "On a voulu prendre à bras le corps le problème grave des violences sexuelles" en RDC, un phénomène qui s'est développé lors des deux dernières guerres qu'a connu l'ex-Zaïre (1996-1997 et 1998-2003), a affirmé M. Michel.
Il a expliqué combien la lutte contre ces violences était une question complexe, qui requérait des efforts dans plusieurs domaines. "Le préalable, c'est la paix et la sécurité" -et donc la mise en oeuvre des "actes d'engagements pour la paix dans les deux provinces du Kivu (est), signés le 23 janvier à Goma (Nord-Kivu) par les groupes armés des deux provinces, le gouvernement congolais, ainsi que les Etats-Unis et l'Union africaine-, a-t-il lancé.
M. Michel s'est également engagé à renforcer les moyens humanitaires à fournir aux victimes, au-delà des efforts déjà consentis. Mais, a-t-il prévenu, la lutte contre les violences sexuelles passe aussi par des mesures "structurelles" à plus long terme, comme l'amélioration du système judiciaire congolais -avec la possibilité à étudier de tenir des procès en "chambre foraine" dans des endroits reculés- et des infrastructures: des puits pour éviter aux jeunes filles de devoir parcourir de grandes distances à la recherche d'eau, des casernes pour les militaires, souvent responsables de viols, et plus généralement des routes pour faciliter l'accès aux soins et briser l'enclavement de certaines régions.
Car on constate, selon M. Michel, une augmentation des violences sexuelles commises par des civils, ce qui démontre une "banalisation" du phénomène et son extension à d'autres portions du territoire congolais que la région orientale. Sur le terrain, la Belgique contribue déjà à une meilleure assistance médicale, psychosociale et juridique des victimes et à l'intensification de la lutte contre l'impunité. Elle finance ainsi le Programme de restauration de la justice à l'est de la RDC (Rejusco), qui vise à renforcer le système judiciaire congolais, et, avec le Canada, le programme conjoint mis en oeuvre par l'UNICEF et le Haut Commissariat aux Droits de l'Homme sous la houlette du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP). Elle soutient fin des ONG, à l'instar de l'hôpital de Panzi à Bukavu (Sud-Kivu). (belga)


