Le développement de la langue maternelle (dans le cas présent, le français) ne semble pas perturbé par l'apprentissage d'une langue seconde dans un contexte d'immersion, selon une recherche menée durant six ans par le Laboratoire "Cognition, Langage et Développement" de l'Université Libre de Bruxelles et soutenue par la Communauté française de Belgique.
Les résultats des chercheurs montrent que le niveau de maîtrise du français oral et écrit des groupes en immersion est comparable à celui des élèves francophones unilingues.
En ce qui concerne l'acquisition de la langue seconde (dans ce cas-ci le néerlandais), les chercheurs montrent que les enfants du groupe d'immersion ayant été exposé davantage au néerlandais en début d'apprentissage et ayant débuté la lecture dans cette langue atteignent une meilleure maîtrise orale et écrite du néerlandais et développent même un niveau de lecture en néerlandais proche de celui des néerlandophones.
Les chercheurs ont suivi durant six ans le parcours de quelque 120 enfants de huit écoles primaires. Deux groupes d'enfants francophones, soit une soixantaine, étaient scolarisés dans un programme d'immersion partielle en néerlandais. La moitié de ces enfants participait à un type de programme d'immersion dont la proportion de cours dispensés en néerlandais dans le premier cycle était de 50%, et dans lequel l'apprentissage de l'écrit se déroulait d'abord dans la langue maternelle, puis à la fin de la deuxième primaire dans la langue seconde.
L'autre moitié des enfants participait à un autre type de programme, dont 75% des cours étaient dispensés en néerlandais dans le premier cycle, et dans lequel l'apprentissage de l'écrit se déroulait d'abord dans la langue seconde puis seulement à partir de la fin de la deuxième primaire dans la langue maternelle. Les performances de ces enfants ont été comparées à celles de deux groupes dits de "contrôle", l'un étant composé d'enfants unilingues francophones et l'autre d'unilingues néerlandophones, venant tous de milieux socio-économiques semblables.
Les résultats des chercheurs indiquent que le niveau de maîtrise du français oral et écrit est équivalent dans les deux groupes en immersion et comparable à celui des unilingues francophones. Ce constat peut être fait tant pour les épreuves de compréhension à l'audition, de lecture et d'expression écrite que pour les épreuves évaluant les connaissances grammaticales et syntaxiques en français.
En ce qui concerne l'acquisition de la langue seconde (le néerlandais), il est apparu que les enfants du groupe d'immersion ayant été exposé davantage au néerlandais en début d'apprentissage (dont la proportion de cours en néerlandais atteignait 75%) et ayant débuté la lecture dans cette langue atteignent une meilleure maîtrise orale et écrite du néerlandais que ceux de l'autre groupe d'immersion. Leur niveau de lecture en néerlandais est par ailleurs proche de celui des unilingues néerlandophones.
Un retard des deux groupes d'immersion a été observé tant en début qu'en fin de parcours scolaire par rapport au groupe de monolingues néerlandophones dans les épreuves de compréhension orale et écrite, d'expression écrite et dans celles évaluant les connaissances syntaxiques et grammaticales. Les enfants du groupe d'immersion ayant été exposé davantage au néerlandais en début d'apprentissage obtiennent toutefois des performances plus élevées que celles de l'autre groupe d'immersion dans la plupart de ces épreuves en néerlandais.
Les auteurs de l'étude recommandent dès lors un programme d'immersion où le nombre d'heures dispensées en langue seconde est maximal en début d'apprentissage, d'autant plus qu'un apprentissage initial de la lecture en langue seconde ne nuit pas au développement de la lecture en langue maternelle.
"Nous ne sommes pas surpris par ces résultats, car ils confirment des données d'études menées dans d'autres pays, comme le Canada. La crainte de parents de voir leur enfant moins avancer dans leur langue maternelle que ses pairs monolingues n'est visiblement pas fondée", a réagi l'un des auteurs de cette recherche, Philippe Mousty.
Il précise que cette étude ne vaut que pour l'immersion de francophones en néerlandais. Il souhaiterait pouvoir mener une recherche similaire sur l'immersion en anglais. (belga)


