Les ministres belges des Affaires étrangères et de la Coopération au développement, Karel De Gucht et Charles Michel, sont allés samedi à la rencontre de femmes victimes de violences sexuelles dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), où la coopération belge tente d'apporter une aide aux femmes ainsi souillées.
Les deux ministres se sont rendus, en compagnie de Mme De Gucht, à l'hôpital de Panzi à Bukavu, le chef-lieu de la province du Sud-Kivu, où un chirurgien belge, le Dr Frank Hoffman, est venu renforcer l'équipe de médecins locaux.
Cet hôpital accueille des jeunes filles et des femmes victimes de violences sexuelles, qui sont devenues une véritable arme de guerre dans les provinces encore troublées de la RDC, principalement dans l'est.
Dans la seule province du Sud-Kivu, près de 17.000 cas ont été recensés en 2007, a expliqué le directeur de l'hôpital, le Dr Mukwege, aux deux ministres belges.
L'hôpital de Panzi fournit, en plus des services médicaux habituels, une aide spécifique aux victimes de viols (chirurgie réparatrice de certains dommages corporels, assistance psychologique voire psychiatrique et réinsertion sociale).
Mme De Gucht, qui accompagne son mari dans cette tournée en Afrique centrale, s'est pour sa part entretenue en toute discrétion et à l'abri des caméras avec une de ces femmes, tout comme l'épouse de l'ambassadeur de Belgique en RDC, Johan Swinnen.
Selon M. Michel, la Belgique a la volonté de devenir un pays "leader international" dans la lutte contre les violences en RDC où ce fléau persiste, voire s'étend, plus de cinq ans après la fin de la dernière guerre civile (1998-2003).
Il a ainsi annoncé son intention de lancer une campagne de prévention "de haut niveau" en faisant appel à des personnalités congolaises connues. Outre le Dr Hoffman, un second chirurgien belge devrait se rendre prochainement à Bukavu grâce à un financement de la Coopération au développement, pour réhabiliter des organes blessés par les viols dont sont victimes de nombreuses femmes congolaises.
Selon M. Michel, la lutte contre les violences sexuelles passe aussi par des mesures "structurelles" à plus long terme, comme l'amélioration du système judiciaire congolais - avec la possibilité à étudier de tenir des procès en "chambre foraine" dans des endroits reculés- et des infrastructures: des puits pour éviter aux jeunes filles de devoir parcourir de grandes distances à la recherche d'eau, des casernes pour les militaires, souvent responsables de viols, et plus généralement des routes pour faciliter l'accès aux soins et briser l'enclavement de certaines régions.
Car on constate, selon M. Michel, une augmentation des violences sexuelles commises par des civils, ce qui démontre une "banalisation" du phénomène et son extension à d'autres portions du territoire congolais que la région orientale.
Sur le terrain, la Belgique contribue donc à une meilleure assistance médicale, psychosociale et juridique des victimes et à l'intensification de la lutte contre l'impunité. Elle finance ainsi le Programme de restauration de la justice à l'est de la RDC (Rejusco), qui vise à renforcer le système judiciaire congolais, et, avec le Canada, le programme conjoint mis en oeuvre par l'UNICEF et le Haut Commissariat aux Droits de l'Homme sous la houlette du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP).
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