Michel Fourniret a reconnu laconiquement devant les assises des Ardennes avoir enlevé et tué sept adolescentes ou jeunes femmes, en France et en Belgique entre 1987 et 1991. Mais il n'a pas consenti à s'expliquer et n'a toujours pas voulu reconnaître les viols au cours des 21 premières audiences consacrées à l'examen des faits.
Dès lundi, la cour d'assises tentera d'y voir plus clair sur les personnalités des deux accusés et sur le fonctionnement de leur couple. Des proches ainsi que des psychiatres seront appelés à la barre.
Monique Olivier, qui doit répondre de cinq homicides (dont quatre comme complice) n'a guère été plus bavarde que son mari lors des six premières semaines de procès. Elle a cependant fait quelques révélations sur leur vie de couple lors de l'examen du dernier cas. Elle a ainsi reconnu qu'elle avait rejoué avec son mari des scènes de crimes lors de leurs relations sexuelles, simulant le rôle d'une victime implorant l'accusé.
Bouche cousue
Michel Fourniret s'en est quasiment toujours tenu à sa résolution affichée à l'ouverture du procès le 27 mars lorsqu'il avait présenté une feuille avec l'inscription "Sans huis clos, bouche cousue". Les avocats des parties civiles, le président de la cour d'assises et le ministère public ont bien tenté de le faire sortir de son mutisme. Ils ont tenté de l'amadouer ou de le secouer. Ces tentatives ont quasiment toujours échoué.
Michel Fourniret n'a pas plus réagi quand les familles des victimes l'ont sommé de s'expliquer. Elles ont décidé de ne rien céder à Michel Fourniret qui exige ce huis clos qui est l'apanage des victimes. Elles lui ont imposé un camouflet lors de l'examen du dernier fait. "Merci de vous être tu. Merci de n'avoir pas ajouté à la cruauté de vos actes la cruauté de vos paroles", lui a lancé Brice Longhini, beau-père de Mananya Thumpong, tuée par Michel Fourniret.
Mécanique criminelle
La cour d'assises a néanmoins pu se faire une idée de la mécanique criminelle de Michel Fourniret grâce à la projection d'auditions vidéo-filmées. Elles ont été réalisées par la police belge à Dinant en juillet 2004, soit peu après ses aveux consécutifs aux accusations de Monique Olivier.
La cour et les familles ont ainsi pu voir et entendre la froideur et la distanciation de Michel Fourniret qui raconte comment il étrangle Elisabeth Brichet, enlevée à Saint-Servais le 20 décembre 1989 alors qu'elle avait 12 ans.
"La faire taire"
"Ca va très vite. (...) A partir du moment où la résistance se manifeste. Je dois contrer cette résistance, la faire taire", dit Michel Fourniret sur cette audition vidéo-filmée en se comparant à un "combattant dont la mission est de prendre le dessus".
Monique Olivier a minimisé sa participation. Elle a nié avoir étouffé, avec Michel Fourniret, Jeanne-Marie Desramault, une jeune femme de 21 ans que le couple avait réussi à emmener chez eux à Floing. C'est le seul fait pour lequel elle est accusée de meurtre en tant que co-auteur.
Elle a invoqué la "peur permanente" que lui inspirait son mari pour expliquer son absence de réaction. Elle exprimé de timides regrets, indiquant que "sa place est en prison". (belga)


