Michel Fourniret minimise les faits

Michel Fourniret, interrogé jeudi matin par les défenses des familles de ses victimes, s'est défini comme un "braconnier". Il a laissé entendre que l'enlèvement de Marie, à Ciney le 26 juin 2003 à Ciney, était purement improvisé et n'avait pas été précédé de repérages. Ce que n'ont jamais cru Marie et sa famille.
Froid et calculateurMichel Fourniret a parlé jeudi matin, comme il l'avait promis, sur les quatre premiers des dix faits, dont sept meurtres, qui lui valent de se retrouver devant la cour d'assises.
Toujours détaché, froid et calculateur, Michel Fourniret s'est défini comme un "braconnier qui ne sait s'il va revenir avec un faisan, une garenne ou avec rien du tout", quand il va à la chasse aux jeunes filles.
"Soit je parle, soit je rentre dans ma coquille", a-t-il répondu à l'avocat qui s'étonnait d'une telle comparaison. Il a souligné que sa première victime, tuée en 1987, "avait été un instrument du destin placé sur la route de sa prédestination".
Dernière victime de Michel Fourniret, Marie, alors âgée de 13 ans, avait réussi à s'échapper de la camionnette, ce qui a conduit à l'arrestation de Michel Fourniret.
"Il y avait (dans cet enlèvement) une intention de sabordage", a dit l'accusé. Il a expliqué que ce jour-là, "je sortais d'une maison qui sentait la vinasse, j'étais dans un fiasco familial et dans un fiasco dans le radeau à Sart-Custinne".
"Ce qui fait que je ne savais pas où j'en étais", a-t-il ajouté.
Il a expliqué qu'il aurait tout aussi bien pu se suicider en jetant sa camionnette contre un arbre ou un rocher plutôt que de "se saborder". Mais qu'il y a eu "une faille constituée par Marie à la silhouette gracile".
Selon son récit, il aurait "véhiculé" une première adolescente avant de croiser la route de Marie. "Je n'ai pas cherché à la rencontrer. Elle s'est trouvée sur mon chemin", a dit Michel Fourniret. "Une fois avec elle, il y a le joueur qui réémerge", a-t-il poursuivi, parlant de "gradation".
Il a indiqué que Marie - qui l'a toujours contesté et l'avait répété dans son témoignage devant la cour d'assises - était montée d'elle-même dans sa camionnette.
"Je me suis retrouvée dans une situation imprévue avec une personne passagère", a-t-il dit, laissant ainsi entendre qu'il n'a pas prémédité l'enlèvement de Marie et qu'il n'avait aucun projet. "Qu'en faire? Pas question d'aller en forêt où mon véhicule va attirer l'attention", a-t-il poursuivi.
Il a affirmé qu'il l'a attachée "machinalement" avec des cordes qui se trouvaient à l'arrière de sa camionnette "de manière symbolique". "Si j'avais voulu vraiment l'entraver, cela aurait été très simple", a dit Michel Fourniret, qui se targue d'avoir été commando.
Marie a réussi à desserrer ses liens avec les dents et a quitté la camionnette à un stop. Michel Fourniret a nié que son demi-tour avait pour but de récupérer Marie qui avait réussi à s'échapper de la camionnette.
Fourniret dit tout et son contraire
Il a nié qu'il ait repéré préalablement Marie, ce dont doute un des deux avocats de Marie, Me Réginald de Béco. En cours d'instruction, Fourniret avait dit qu'il ne serait rien arrivé à Marie, avant d'écrire à son fils qu'il lui aurait arraché les membres.
"En voulez-vous à Marie d'avoir provoqué votre arrestation? ", lui a demandé Me Isabelle De Moffarts. "Non", a-t-il répondu.
Michel Fourniret voit cet interrogatoire comme une "joute oratoire où il dit tout et son contraire avec une désinvolture terrible pour les familles", a estimé, à l'issue de l'audience, Me de Moffarts.
Interrogé sur la tentative d'enlèvement de Sandra Noirot, à Gedinne en février 2000, Michel Fourniret a nié toute contrainte contrairement à ce qu'a raconté la victime. "Je confirme que je n'ai pas l'habitude d'empoigner", a-t-il dit.
Des psychiatres, qui ont examiné le couple, témoigneront jeudi après-midi. La suite de l'interrogatoire de Michel Fourniret sur les faits est prévue vendredi matin.(belga/7sur7)