Deux psychiatres, belge et français, ont décrit jeudi l'absence totale de compassion de Monique Olivier face aux victimes. Les experts sont plus partagés sur la personnalité de l'accusée, qualifiée de "personne dépendante" par le premier et de "très forte personnalité", "capable de s'opposer" par le second.
"Il n'y a pas de partage d'émotion envers la victime", a expliqué le Dr Bongaerts, qui a examiné Monique Olivier en prison à la demande de la juge d'instruction namuroise Anne-Catherine Dubé qui instruisait le dossier Elisabeth Brichet. "Elle voit les jeunes filles comme des objets", a dit le Dr Belvèze. Pour celui-ci qui "a fortement suspecté de la perversion" chez Monique Olivier, ce détachement vis-à-vis des autres ne vient pas d'une psychose ou d'une névrose.
"Elle dit 'j'aurais dû réagir', pas par rapport au sort d'Elisabeth, mais par rapport à (son fils) Sélim dont l'évolution était bien meilleure" entre juin 2003 et juin 2004, alors que son père, Michel Fourniret était en prison et Monique Olivier toujours libre, a expliqué le Dr Bongaerts.
Me Paul Lombard, avocat du père d'Elisabeth Brichet, a voulu le confirmer en interrogeant directement Monique Olivier. "Elle a pleuré", a dit Monique Olivier, sommée de s'expliquer sur les réactions d'Elisabeth Brichet lors du long trajet en voiture entre Namur et Floing (France), où elle sera séquestrée.
"Elle a pleuré", a-t-elle répété pour expliquer les réactions d'Elisabeth pendant la nuit où elle était sanglée sur un lit avant d'être tuée. "Je n'ai rien fait. De toute façon, je n'aurais pu faire quoi que ce soit", a poursuivi l'accusée, invitée à expliquer sa réaction. "Vous avez fait reculer les limites de la veulerie! ", lui a alors asséné Me Lombard. Pour le Dr Bongaerts, Monique Olivier est une personne dépendante, ce qui n'annihile pas son libre-arbitre. "Elle se met en dépendance, évite ses responsabilités et est incapable de vivre sans cette dépendance", a dit le psychiatre qui a "l'impression" qu'elle est soumise par rapport à Fourniret.
Ce constat n'est pas partagé par le Dr Belvèze, qui voit chez Monique Olivier "une très forte personnalité" et pour qui sa soumission et sa passivité "ne sont qu'une impression". Le psychiatre estime qu'elle est à la fois "capable de s'opposer", "capable de s'affirmer" et "qu'elle sait faire face aux difficultés de la vie". Dans son rapport, le Dr Belvèze a évoqué chez Monique Olivier "une participation active qui donne l'impression d'une adhésion complète et spontanée aux desseins de son mari". Monique Olivier n'a pas apprécié le portrait qu'ont dressé d'elle les psychiatres. "Je suis un être humain et j'ai du coeur. (...) Je suis incapable de montrer mes sentiments. Pourtant j'ai du coeur aussi", a-t-elle dit.
Le Dr Dufossez estime de son côté qu'il est "incompréhensible" que quelqu'un ait pu vivre 15-16 ans avec quelqu'un comme Michel Fourniret. "C'est déjà insupportable d'entendre les crimes (racontés par Michel Fourniret), c'est inimaginable de les vivre", a dit ce psychiatre français. Les débats reprennent vendredi à 09H30 avec la poursuite de l'interrogatoire de Michel Fourniret par les familles des victimes et leurs avocats, dont ceux des parents d'Elisabeth Brichet.
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