Ait Oud pense que "celui qui a fait ça est un vrai monstre"
La première journée du procès à charge d'Abdallah Ait Oud, poursuivi pour séquestration, enlèvement, attentat à la pudeur, viol et assassinat de Nathalie Mahy, 10 ans, et de Stacy Lemmens, 7 ans, n'a livré aucun élément neuf aux familles des victimes.
"Celui qui a fait ça est un vrai monstre", a-t-il répondu comme une évidence à un avocat de la partie civile qui lui demandait ce qu'il pensait de l'auteur des faits. Comme il le fait depuis son arrestation, à la mi-juin 2006, Abdallah Ait Oud a donc continué à nier formellement toute participation aux faits qui lui sont reprochés. Comme lors de l'enquête et de ses 22 auditions, il a donné une explication pour tous les éléments à charge.
Ainsi, s'il a fait tremper son pantalon - dans l'évier de la cuisine, à côté d'un tas de vaisselle sale, dira la juge d'instruction - c'est parce qu'il était taché suite à des vomissements. S'il a disparu pendant plusieurs jours après les faits, c'est parce qu'il se pensait recherché pour grivèlerie. S'il a rasé ses cheveux, c'est parce qu'il le faisait régulièrement, "tous les 2 ou 3 jours".
S'il avait des griffures sur le corps, c'est parce qu'il a escaladé des murs et des arbres pour tenter d'entrer chez sa compagne. S'il connaissait l'endroit de la découverte des corps, c'est parce qu'une de ses amies habitait dans le coin. Si des fibres des vêtements des enfants se trouvaient sur ses vêtements, c'est parce qu' il est possible qu'ils les aient aidé à monter ou descendre du podium.
Calme apparent"J'ai aidé des enfants mais je n'ai pas regardé leur visage", a-t-il finalement déclaré aux enquêteurs après plusieurs auditions. S'il a perdu une paire de chaussures neuves, c'est parce que le sachet dans lequel elles se trouvaient étaient trop bruyant. Par contre, il a simplemet nié avoir évoqué des tortues lors de discussions avec des adolescents. Pourtant, au moins 7 jeunes l'affirment.
Abdallah Ait Oud a répondu calmement aux questions du président mais s'est tendu et s'est montré moins sûr de lui lorsque ses antécédents pour faits de moeurs ont été évoqués. Autant il s'est montré précis sur certains détails, autant il a hésité sur d'autres points, plus dérangeants.
DéroulementL'accusé a écouté les premiers témoins de manière attentive, sans broncher, les regardant fixement. Les enquêteurs et la juge d'instruction, Pascale Goossens, ont évoqué les débuts de l'enquête. Fugue, accident, enlèvement familial, toutes les pistes ont été évoquées avant de se focaliser sur Abdallah Ait Oud, présent sur les lieux des faits, au passé judiciaire chargé.
"Il ne faut pas oublier qu'on recherchait des enfants vivants. On recherchait l'auteur mais aussi les enfants. Jusqu'au bout, on a espéré les retrouver vivants", a précisé Bernard Frédérick, à la tête de la BJ liégeoise. L'enquête a conduit les policiers partout dans le quartier Saint-Léonard. Au total, 52 perquisitions, 30 visites domiciliaires, des centaines d'auditions ont été menées; toutes les pistes ont été examinées jusqu'au terme.
Indices"Les moyens d'action mis en place ont été énormes", a expliqué la juge d'instruction, Pascale Goossens. Les corps des fillettes ont été découverts le 28 juin. "Elles avaient été étranglées et étaient couvertes de coups. Nathalie avait été violée", a-t-elle expliqué. Les vêtements d'Abdallah Ait Oud ont révélé des traces de graminées, présentes sur les lieux de la découverte des corps. Trois cheveux appartenant à Stacy ont également été découverts.
"Mais il a tout nié et lors de sa dernière audition, il a fini par se fâcher, nous demandant de chercher le coupable, sans pour autant nous aiguiller vers quelqu'un d'autre. Pour pour moi, le dossier pouvait être bouclé", a souligné Mme Goossens. Les parties civiles ont assisté à la première journée du procès, qui s'est clôturée vers 18 heures.
Les auditions se poursuivront demain/mardi, dès 9 heures. La cour entendra le chef d'enquête de la cellule de 24 personnes mises en place suite aux faits, différents enquêteurs, ainsi qu'Alain Remue, responsable de la cellule nationale des personnes disparues.