Un contact "intense et violent" avec les victimes
"Il est impossible d'avoir une telle concentration de fibres sans contact intense entre les vêtements attribués à Ait Oud et ceux portés par les fillettes", a déclaré l'expert.
Le procès d'Abdallah Ait Oud a repris lundi matin devant la Cour d'assises de Liège. Les experts spécialisés dans les analyses de fibres de textiles ont confirmé que des contacts intenses ont eu lieu entre les vêtements portés par l'accusé et les vêtements des deux victimes, Nathalie et Stacy.
5.091 fibresSpécialiste de l'analyse des fibres auprès de l'Institut national de Criminalistique et Criminologie (INCC), l'expert Fabrice Gazon a rapporté les résultats d'un long travail d'analyse sur les vêtements des deux victimes et de ceux d'Abdallah Ait Oud. Ces expertises visaient à mettre en évidence le type de contacts qui se sont produit entre les protagonistes. Plus de 4.000 heures de travail ont été nécessaires à analyser un total de 5.091 fibres prélevées sur l'ensemble des vêtements.
Fabrice Gazon a précisé que cette technique utilisée depuis 14 ans en Belgique est effectuée à la fois à charge et à décharge de l'accusé. Des centaines de fibres sont généralement échangées lors de contacts entre différentes matières textiles. L'écoulement du temps est un obstacle important à cette analyse puisque plus de 90% des fibres échangées disparaissent généralement en 24 heures. Dans le cas du dossier Ait Oud, l'expert a estimé que 10% des fibres résultant d'échanges ont pu être récupérées. Mais des fibres très spécifiques ont pu être mises en évidence.
JeanAu début de l'exposé, les familles des victimes ont été invitées à quitter la salle d'audience, l'expert ayant montré les techniques de prélèvement sur les corps au moyen d'images réalisées avant les autopsies. Seule Catherine Dizier, la mère de Nathalie Mahy, a souhaité rester dans la salle sans regarder les écrans. C'est le pantalon d'Abdallah Ait Oud, un jeans aux fibres déformées par la chaleur lors de sa production, qui a contaminé en plus grande partie les vêtements des deux victimes. On a retrouvé ce genre de fibres sur la face arrière du pantalon (285 fibres) de Nathalie Mahy et sur l'avant du t-shirt (plus de 300) de Stacy Lemmens.
Transfert de fibresUn grand nombre de transferts primaires s'est réalisé. Selon l'expert, ces prélèvements indiquent un contact intense entre les vêtements des deux victimes et ceux qu'aurait porté Abdallah Ait Oud le jour des faits. "Il est impossible d'avoir une telle concentration de fibres sans contact intense entre les vêtements attribués à Ait Oud et ceux portés par les fillettes", a précisé l'expert. L'analyse des fibres a aussi révélé un transfert important de fibres (102) entre une couette de lit appartenant à la compagne d'Ait Oud, les vêtements de ce dernier et les vêtements des deux fillettes. Deux fibres du pantalon de Nathalie Mahy ont également été retrouvées sur l'éponge avec laquelle Ait Oud a lavé ses vêtements. Une autre fibre de ce pantalon a aussi été retrouvée dans le slip de l'accusé.
Des fibres (586) des vêtements d'Ait Oud et de Nathalie Mahy ont été retrouvées dans une cabane à proximité des faits. Mais il s'agirait dans le cas de Nathalie d'un transfert secondaire de 16 fibres, effectué après les faits par le pantalon déjà contaminé de l'accusé. L'interprétation des conclusions de l'expert permet de démontrer le rôle important joué par Abdallah Ait Oud dans le transfert de ces fibres. Le nombre de fibres concordantes retrouvées s'élève à 1.708 éléments.
Contact violent"C'est un résultat très important, a précisé l'expert. Rares sont les cas où nous avons autant de types de fibres spécifiques dans les investigations menées dans une affaire. Des transferts croisés ont été mis en évidence, ce qui donne une valeur maximale à l'indice des fibres. En fonction de l'endroit de la découverte, de la rareté des fibres et des transferts constatés, nous attribuons une valeur maximale à ces concordances. Ces transferts résultent de contacts très intenses en pression et en durée. Le contact est d'autant plus intense que le dernier contact est violent. Aucun autre type de contact aussi important et étranger à Ait Oud ne peut être mis en évidence".
Rires
L'expert a conclu que ces résultats ne laissent plus de doute sur la violence des contacts entre les victimes et les vêtements d'Ait Oud. Ils ne peuvent s'expliquer par des contacts fortuits ou normaux. A l'issue de ce témoignage, Ait Oud a souhaité prendre la parole. "L'expert n'avait pas l'air crédible dans tout ce qu'il disait lorsque je l'ai rencontré, a-t-il soutenu tout en provoquant des rires dans la salle d'audience. Il est devenu tout rouge quand je lui ai parlé des techniques de brûlage des vêtements. Il m'a même dit qu'il faisait ses recherches uniquement sur Internet !". L'expert a démenti ces allégations. (belga)