La cour d'assises de Liège a entendu jeudi après-midi les soeurs d'Abdallah Ait Oud. Si deux d'entres elles ont crié l'innocence de leur frère, les deux autres ont pris d'avantage de recul par rapport aux faits.
La famille Ait Oud, composée de 9 enfants, a été déchirée. "C'est une histoire affreuse. Certains le défendent, d'autres pas", a remarqué la plus jeune soeur. Il ressort des différents témoignages que les attouchements étaient chose courante dans la famille, entre proches, mais aussi entre frères et soeurs. Une plainte a été déposée mais a été retirée suite à la pression familiale. Abdallah Ait Oud a pour sa part été condamné à 5 ans de prison avec sursis d'un an pour le viol de sa nièce, alors qu'elle avait de 7 à 14 ans.
La jeune femme, aujourd'hui âgée de 28 ans, a témoigné à l'audience à huis-clos. Sa maman a par contre été entendue par la cour. Comme ses soeurs, elle a décrit l'accusé comme étant un enfant gentil et obéissant. "En grandissant, il a changé", a déclaré celle qui dit avoir toujours de la rancoeur envers lui. "C'est à la justice de définir s'il est coupable ou non. C'est bien malheureux qu'on en soit arrivé là. La chose la plus importante est qu'il dise la vérité et qu'il pense aux gens qui souffrent autour de lui", a-t-elle remarqué.
Autre écho par contre chez ses deux autres soeurs aînées, qui ont crié leur innocence à la cour. L'une d'elle, en larmes, qui a décrit son frère Abdallah comme "le plus gentil de la famille", a explosé devant la cour en criant "je sais qu'il est innocent. Il est victime de son passé. Je prie pour Nathalie et Stacy. Ce que je veux c'est la vérité. Si c'est lui, qu'il paye, mais je suis convaincue que ce n'est pas lui. S'il avait fait ça, il ne saurait pas me regarder dans les yeux. J'ai essayé de le faire craquer à trois reprises, en le suppliant, et il n'a jamais avoué. Qu'il paye pour quelque chose qu'il a fait mais pas pour quelque chose qu'il n'a pas fait", a-t-elle déclaré, en larmes.
Dans son box, l'accusé n'a pas bronché. Puis il s'est mouché et s'est essuyé les coins des yeux avec les doigts. Personne ne peut cependant affirmer qu'il a versé une larme. Il n'a eu aucun geste d'émotion quand son autre soeur a elle aussi clamé son innocence. Selon elle, s'il était coupable, son frère ne se serait pas rendu à la police et n'aurait pas demandé à subir le test du polygraphe. "Quand il a appris qu'on avait retrouvé des cadavres, il a demandé à son avocat d'insister pour qu'on fasse immédiatement des recherches sur l'ADN. Il est innocent; je le crois à 200 pc. Tout ce qu'il espérait, c'est qu'on retrouve les petites vivantes", a-t-elle expliqué, dénonçant l'hypermédiatisation de l'affaire.
Concernant les dossiers pour lesquels Abdallah Ait Oud a été condamné, les deux soeurs ont expliqué qu'elles ne lui pardonnaient pas ces faits. "Après le décès de notre frère et la mort de notre mère, il aurait dû être soigné", a justifié l'une d'elles. La cour a terminé l'audition des témoins jeudi en fin de journée. Vendredi, la journée sera consacrée aux plaidoiries des parties civiles. Au total, neuf avocats devraient plaider. C'est le conseil de Christiane Granziero, Me Philippe Moureau, qui prendra le premier la parole, avant Me Drion, le conseil de Thierry Lemmens, puis Mes Sauvage et Leclerc, qui interviennent pour Didier Mahy. (belga)


