Au cours de sa plaidoirie devant la Cour d'assises de Liège, la défense d'Abdallah Ait Oud a réclamé l'acquittement de son client. Me Olivier Martins a tenté de démonter les certitudes qui ont été présentées au dossier, évoquant des versions à géométrie variable et des éléments systématiquement présentés à charge. L'avocat a soutenu que le dossier avait été traité depuis le début de son instruction à la manière du sensationnalisme.
"Vous devrez être courageux pour rendre la justice, ne pas avoir peur et répondre "non" à toutes les questions", a lancé Me Martins aux jurés. "Tout pèse sur Ait Oud mais ce ne sont que des mensonges. Toutes les expertises ont été défavorables mais il y a de nombreuses contrevérités dans le dossier. Abdallah Ait Oud avait pourtant droit à un procès équitable. Mais personne, à part lui qui sait ce qu'il a fait ou n'a pas fait, ne connaît la vérité."
Demi débile
L'avocat de l'accusé a remis en cause le fait que son client soit traduit devant une Cour d'assises. Il a précisé que, pour des faits similaires, les experts avaient jugé plusieurs années plus tôt qu'il devait être interné. Mais dans le cas présent, c'est de manière délibérée que la Justice aurait voulu éviter un internement. "On lui a donné un QI de 113 alors qu'il s'agit d'un demi débile", a précisé l'avocat. "Pourquoi? Parce qu'on ne voulait pas priver les victimes d'un procès devant la Cour d'assises!"
Pour tenter de démontrer que son client n'est pas coupable, Me Martins a évoqué plusieurs pistes qui n'ont mené à rien, telle celle d'une voiture qui a démarré en trombe le jour des faits et dont le propriétaire aime se déguiser en fille ou celle de gitans qui ont tenté d'enlever un enfant le jour même. L'avocat a aussi précisé que personne parmi les témoins n'a vu Ait Oud en compagnie des deux petites filles le jour des faits. Me Martins a évoqué une enquête manipulée ou adaptée aux circonstances et aux témoignages récoltés.
Spontanément
La défense a aussi rappelé que c'est Abdallah Ait Oud qui s'est présenté de manière spontanée à la police le 13 juin 2006 alors qu'il se savait recherché. "Et si c'était vrai que, le soir des faits, il s'était vomi dessus et qu'il avait lavé ses vêtements?", a interrogé l'avocat. "Cette attitude d'une personne présentée comme coupable interpelle".
Me Martins a soutenu que c'est bien en escaladant un mur et non pas en arrachant des ronces le long de la voie ferrée qu'Ait Oud s'est écorché le dos. L'avocat s'est ensuite attaché à démonter les expertises scientifiques telles que celle de l'ADN mitochondrial dont il estime les conclusions incertaines en termes de fiabilité. Pour les végétaux, il a évoqué d'autres sites qui n'ont pas été analysés pour justifier la présence de végétaux sur les vêtements de l'accusé. Pour les fibres, il a remis en cause la rigueur et la neutralité des expertises.
Je suis innocent
L'avocat a ensuite écarté les moyens de preuve avancés à la suite du test du polygraphe. "L'expert qui a réalisé ce test est indigne de la mission qui lui a été confiée", a lancé l'avocat. En conclusion, Me Martins s'est adressé à son client. "Si c'est vous, par respect pour les victimes, dites-le!", a-t-il lancé. "Moi, je suis innocent", a répondu Ait Oud.
Avant Me Martins, Me Caroline Poiré s'était attachée à replacer l'affaire dans son contexte et à développer quelques éléments de personnalité de l'accusé. Elle a notamment évoqué une campagne de presse orchestrée contre Ait Oud et des dérives et violations dans l'instruction. "Abdallah Ait Oud a été présenté comme un parasite et un coupable idéal. Il est capable de commettre les faits mais il n'en est pas coupable. Il faut cesser de le juger sur son passé. Le doute doit lui profiter."


