MISE À JOUR
Plusieurs centaines d'agriculteurs wallons ont manifesté mercredi sur la plaine du Cinquantenaire à Bruxelles pour protester contre le rétrécissement de leurs marges, qu'ils attribuent aux pratiques de la grande distribution, mais aussi aux politiques européennes.
La manifestation était organisée par plusieurs syndicats agricoles, notamment la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA), l'Union des agricultrices wallonnes (UAW) et la Fédération des jeunes agriculteurs(FJA). Elle a réuni plusieurs centaines de fermiers venus des quatre coins de la Wallonie, qui ont occupé la plaine du Cinquantenaire avec leurs tracteurs. Les agriculteurs réclament "la conservation dans la PAC (politique agricole commune, ndlr) de mécanismes de gestion des marchés", a expliqué le secrétaire-général adjoint de la FWA, Yvan Hayez.
Les agriculteurs wallons craignent que l'Europe accepte d'ouvrir largement ses douanes aux produits agricoles des pays tiers, dans la cadre des négociations actuelles à l'OMC. Ils y voient une "distorsion de concurrence inacceptable" parce que les pays en question ne sont pas soumis aux mêmes normes sanitaires et environnementales. Ils s'opposent aussi à la proposition de la Commission européenne visant à supprimer les quotas laitiers, même s'ils se sont gardés de mettre trop en avant cette revendication afin de ne pas afficher ouvertement leur divergence avec leurs confrères flamands.
Ceux-ci ont également manifesté à Bruxelles mercredi, mais ils ont convergé vers un autre endroit du centre de la capitale, place de la Monnaie. Les agriculteurs du Nord et du Sud du pays s'entendent pour réclamer davantage de transparence dans la fixation des marges et des prix. Ils accusent le secteur de la grande distribution d'accroître ses propres marges à leurs dépens, en soulignant que si les prix à la consommation ont augmenté, les revenus agricoles ont évolué dans la direction opposée.
Le secteur du "hard discount" est particulièrement visé par ces critiques. "Nous avons demandé de rencontrer la direction du magasin Lidl, mais on nous a répondu que ce n'était pas nécessaire", a ainsi accusé Xavier Delwart, le secrétaire-général de l'organisation FUGEA, un syndicat qui représente surtout les petites exploitations.
Les représentants des organisations agricoles wallonnes ont rencontré en début d'après-midi la commissaire européenne à l'agriculture, Mariann Fischer-Boel, qui ne les a pas vraiment convaincus. "Nous n'avons pas besoin de dirigeants qui partent perdants pour défendre nos intérêts à l'OMC", a lancé M. Hayez après l'entretien. Il a été vivement applaudi par une foule d'agriculteurs brandissant des pancartes hostiles à l'UE et à l'OMC, parfois rédigées dans un langage fleuri.
Plusieurs politiciens belges se sont également adressés aux manifestants, notamment la ministre fédérale de l'agriculture, Sabine Laruelle. Celle-ci a souligné que le gouvernement "n'a pas attendu la manifestation pour réagir", rappelant que des groupes de travail ont été mis sur pied pour améliorer la transparence des prix, pour évaluer le coût des normes sanitaires et environnementales, ainsi que pour envisager des aménagements fiscaux.
Le députée Karine Lalieux (PS) a elle aussi pris la parole et insisté sur sa proposition de créer un observatoire des prix. Si celui-ci permettait d'identifier des profits trop élevés dans le secteur de la distribution, il faudrait envisager d'établir des "marges bénéficiaires maximales", selon elle. (belga)


