Despiegeleer nie tout volonté d'enrichissement personnel

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Par: rédaction
10/11/08 - 18h46

L'ancien échevin des Sports de Charleroi, Claude Despiegeleer, a nié toute volonté d'enrichissement personnel, à la première audience du procès dit "de la chaudière de Carcassonne", lundi devant le tribunal correctionnel de Charleroi. Il lui est reproché d'avoir fait installer cette chaudière dans sa seconde résidence, alors qu'elle avait été payée par la ville de Charleroi. Le tribunal a décidé d'entendre des témoins supplémentaires.

Impliqué dans une série de dossiers découverts après la mise à jour des "affaires", à Charleroi, Claude Despiegeleer est poursuivi, dans ce premier dossier, pour des faits de faux et usage de faux et de détournement par fonctionnaire public. Concrètement, cela concerne une chaudière d'une valeur de 6.621 euros, placée pour le chauffage de la piscine de sa seconde résidence du sud de la France, et qui avait fait l'objet d'un bon de commande de la ville de Charleroi, en étant officiellement destinée au chauffage de la maison communale de Gilly.

Longuement interrogé par la présidente Catherine Evaldre, Claude Despiegeleer a nié toutes les préventions. Il a expliqué qu'une fois achetée la maison de Carcassonne, il avait constaté un problème de chaufferie et il en avait parlé avec Jean-Pol Incecca, un fonctionnaire de son service "Economies d'énergie", à la Ville de Charleroi, et qui est aujourd'hui prévenu, à ses côtés, pour les mêmes faits. Il a présenté Incecca comme un "ami de quarante ans qui ne sait jamais dire non". Ils ont donc convenu de résoudre ce problème "puis il s'est occupé de tout", a expliqué l'ex-échevin, dont le fils Vincent est également prévenu dans ce dossier.

Il a précisé que, depuis l'accord passé avec Incecca sur le placement, il ne s'était plus occupé de rien, sans même s'inquiéter de la facture et du montant des travaux. Il n'a plus eu, dit-il, de nouvelles de cette chaudière jusqu'au jour où il a été interpellé par les enquêteurs, qui lui ont dit "à sa grande stupéfaction" que cette chaudière de Carcassonne appartenait à la Ville de Charleroi.

"Désinvolture"
Une fois sorti du bureau des enquêteurs, il avait, dit-il, téléphoné au bourgmestre d'alors, Jacques Van Gompel, au secrétaire communal et au receveur communal, et il avait aussitôt viré le montant de 6.621 euros au compte de la ville, avec la mention "remboursement". Comme la présidente du tribunal s'étonnait de son peu d'intérêt pour ce qu'était devenue la facture, après les travaux, Claude Despiegeleer a convenu qu'il y avait eu "de la désinvolture, mais aucune volonté d'enrichissement personnel".

"Moment d'égarement"
"Jamais je n'ai vu une facture de ce montant, ni un bon de commande, mais des bons, il en passait par kilos dans les services", a-t-il encore ajouté, avouant aussi qu'il ne s'était pas inquiété du coût des travaux, auprès de Jean-Pol Incecca, pas plus qu'auprès de son fils Vincent, propriétaire de la maison de Carcassonne. "Je crois que Jean-Pol Incecca a eu un moment d'égarement, je sais que tout ça est assez surréaliste, mais c'est ainsi", a-t-il encore ajouté, avant d'estimer que la chaudière litigieuse valait, selon lui, quelque chose comme mille euros. "Mais mille euros, pour moi, ce n'est pas de l'enrichissement", a-t-il dit.

Jean-Pol Incecca a donné une version quelque peu différente des faits. La décision d'installer cette chaudière avait été prise pendant les vacances 2004, alors qu'il passait chez Claude Despiegeleer à Carcassonne. Incecca a alors, dit-il, demandé à un fournisseur habituel de la ville, l'entreprise Destrée, de s'en charger, ce qui s'est fait fin 2004.

En janvier 2005, l'entrepreneur a demandé à Incecca ce qu'il fallait faire pour la facture : "J'ai posé la question à Claude Despiegeleer qui m'a dit 'fais un bon' mais je ne l'ai pas fait", a précisé Incecca. "En revanche, dit-il encore, quand Vincent Despiegeleer m'a contacté à ce propos, j'ai appelé Destrée, qui m'a dit que c'était payé par la Ville".

"Complot"
Incecca a rappelé que lors de son interrogatoire par la PJ, il avait nié avoir fait le bon de commande litigieux. "On m'en a montré un du montant indiqué, et j'ai fait remarquer qu'il était signé par Patrick Roeland, le directeur des bâtiments, et pas par moi. Destrée a alors indiqué un autre bon de commande d'un montant proche et qui, celui-là, était signé par moi, et qui concernait la maison communale de Gilly. Mais c'est un complot qu'on a voulu monter contre moi", a lancé le prévenu : "la preuve, c'est que ce bon était daté du mois de mai, alors qu'il concernait une facture du mois de février, ce qui est administrativement impossible".

Pour Incecca, il était fréquent qu'on lui fasse signer des documents pour des montants qui ne concernaient pas son département "Economies d'énergie" : "Simplement, il y avait de l'argent dans mon service et quand les autres en manquaient, on me demandait de payer", a-t-il dit. Vincent Despiegeleer, le fils de l'ex-échevin, troisième prévenu dans ce même dossier, répond également de faux : on lui reproche d'avoir bénéficié d'un prêt bancaire, en y indiquant qu'il s'agissait de travaux effectués dans cette maison de Carcassonne, alors qu'ils n'auraient pas été réellement effectués.

Témoins imprévus
Il a contesté cette prévention, faisant noter que la banque n'avait à aucun moment réclamé de factures, et que les travaux avaient dépassé le montant du prêt. Après une brève suspension d'audience, le tribunal a décidé, au vu des explications fournies par Incecca, d'entendre deux témoins imprévus : il s'agira de Patrick Roeland, qui fut directeur faisant fonction des Bâtiments de la Ville, et de l'entrepreneur Destrée. Prochaines audiences le 24 novembre et le 12 janvier. (belga)

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