L'avocat général requiert la culpabilité de Geneviève Lhermitte

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Par: rédaction
18/12/08 - 14h44

L'avocat général Pierre Rans a requis jeudi devant la cour d'assises du Brabant wallon la culpabilité de Geneviève Lhermitte pour l'assassinat de ses cinq enfants. Pour le représentant du ministère public, la prison s'impose et il n'y a pas lieu de déclarer l'accusée irresponsable de ses actes et de l'interner.

Pour l'avocat général Pierre Rans, les jurés ne doivent pas souscrire au nouveau rapport des experts psychiatres qui disent qu'elle a agi dans un état de déséquilibre mental grave la rendant incapable du contrôle de ses actes. Il a balayé leur rapport.

Prudence avec la décision de l'internement, et donc de la guérison
Il a appelé les jurés à faire preuve de prudence car, en cas d'internement, un médecin pourrait rapidement décider de dire qu'elle est guérie. "Si elle est en prison, elle pourra également bénéficier de soins psychiatriques et psychologiques ainsi que du soutien de proche et de visiteurs", a-t-il poursuivi.

Pour le représentant du ministère public, il ne fait pas de doute qu'il y a meurtre avec préméditation. Geneviève Lhermitte en a fait état dans des lettres et l'a répété à l'audience. "Elle a considéré que le couteau serait un moyen radical et, à chaque fois elle a visé la gorge", a relevé M. Rans. Il estime que sa décision de tuer était prise quand elle rédige la lettre d'adieu à son amie dans laquelle elle dit qu'elle a décidé de partir avec ses enfants très loin et pour toujours avant de se procurer deux couteaux.

M. Rans a recadré la situation dans laquelle se trouvait Geneviève Lhermitte au moment des faits et les arguments qu'elle a invoqué pour justifier son mal-être. L'avocat général ne peut pas conclure que sa jeunesse a été, comme elle l'a prétendu, un enfer.

Schaar n'était pas un motif suffisant
Il estime qu'elle a choisi consciemment d'être une mère au foyer. Pour M. Rans, Geneviève Lhermitte n'a jamais remis en question de manière claire et évidente la présence du Dr Schaar dans son foyer qu'il finançait largement. Et cette présence, juge M. Rans, n'était pas intrusive car il ne s'imposait pas dans les choix du couple. Il concède que la présence du Dr Schaar pouvait être difficile à vivre mais que sa rancoeur et sa haine n'est apparue que très tardivement. Pour M. Rans, il n'est pas établi que Bouchaïb Moqadem était un père ou un mari maltraitant.

"En apparence, tout allait bien mais le vécu et le ressenti de Geneviève Lhermitte était tout autre", a-t-il conclu avant de justifier la nécessité d'évoquer la responsabilité de l'accusée.

Volte-face des psychiatres
En cours d'instruction, les experts psychiatres avaient dit qu'elle n'était pas dans un état de déséquilibre mental la rendant incapable du contrôle de ses actes. Ils se sont ravisés après la divulgation en cours du procès, du contenu de deux lettres qu'elle avait envoyées à son psychiatre traitant peu avant les faits.

"Je ne vois pas en quoi ces lettres peuvent conduire au changement de diagnostic", a-t-il dit, rappelant que Geneviève Lhermitte avait toujours affirmé sa décision de se suicider et d'emmener ses enfants dans la mort. "La considérer comme irresponsable, c'est considérer qu'il ne lui restait pas le moindre élément de conscience et de volonté", a-t-il dit.

Pour M. Rans, la sanction pénale, et donc la prison, est "la solution la plus sûre". Il ne nie cependant pas la souffrance et le désespoir de l'accusée. "Et si son état mental s'y dégrade, un placement spécialisé est toujours possible pour ensuite reprendre la peine", a-t-il dit.

"La juger coupable, c'est répondre aux besoins de la société"
Il estime par ailleurs que la solution de la culpabilité correspond le mieux aux besoins de la société. Le jury peut répondre "non" aux questions sur le meurtre et la préméditation en raison de l'irresponsabilité de l'accusée. Si c'était le cas, M. Rans a demandé aux jurés de dire qu'elle était toujours irresponsable aujourd'hui. Ce qui, dans le cas contraire, conduirait à une libération immédiate de l'accusée.

"En répondant oui sur la culpabilité, vous rendrez justice aux enfants et vous rappellerez avec force le respect inconditionnel de la vie de tout enfant. Non, on ne tue pas un enfant, même par amour", a conclu M. Rans.

La défense plaide jeudi à 14 heures. (belga/acx)

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