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Pro Bruxsel joue la carte régionale plutôt que communautaire

Bruxelles, capitale de la Flandre, de la Belgique et de l'Europe, souffre d'une maladie chronique importée en son sein par les conflits politico-communautaires qui pourrissent la vie politique du pays.

Sortir du schéma communautaire
Or, les relations entre francophones et flamands dans la capitale sont plus que cordiales, et de nombreux Bruxellois ne veulent plus se laisser enfermer par ce schéma communautaire imbécile qui leur est imposé de l'extérieur : partis francophones et flamands n'ont de cesse de faire de la musculation électorale à grands coups de discours démagogiques, biaisant tout le débat politique autour d'enjeux qui ne concernent, dans leur grande majorité, que ceux qui veulent bien se sentir concernés.

Et la communautarisation de la politique constitue un des principaux freins au passage du pays vers une maturité politique dont certains disent qu'elle ne viendra jamais, alimentant les thèses séparatistes. Quelques Bruxellois, francophones, flamands, voire allochtones, ont décidé de ne plus accepter cette situation grotesque pour remettre Bruxelles à sa place : au centre du pays, en tant que Région à part entière, bilingue et indépendante des conflits de voisinage indécents de leurs voisins. Ils ont donc créé un parti, Pro Bruxsel, qui veut tenter de jeter aux oubliettes les accrocs linguistiques et autres grotesqueries du même acabit pour se concentrer sur ce qui compte vraiment : l'autonomie, la viabilité et l'avenir de la Région bruxelloise.

De l'ambition pour Bruxelles
Pro Bruxsel est donc un parti bilingue, ce qui est assez rare, voire unique, pour déjà constituer un atout. Son leitmotiv est : avoir de l'ambition pour Bruxelles, et le parti a pour objectif de rendre à Bruxelles son rayonnement international, en dehors de sa qualité de siège de nombreuses institutions internationales et européennes. Parmi les grandes lignes du parti, on retrouve des idées pas forcément neuves mais que les partis traditionnels, enfermés dans leur logique électoraliste communautaire, n'ont jamais défendues suffisamment : le prélèvement du précompte professionnel sur le lieu de travail, la reconnaissance de la Région bruxelloise comme entité indépendante et respectée sur le plan national, et la suppression des discriminations entre Bruxellois sur base de leur appartenance linguistique. Et la responsabilité environnementale est également omniprésente, le but étant de rendre Bruxelles plus respirable et vivable.

Pro Bruxsel a développé son programme autour de six grands axes :

1) Démocratie et institutions : les Bruxellois doivent pouvoir gérer leur Région en toute indépendance. Il faut donc mettre un terme à la tutelle insultante des communautés et des commissions communautaires qui ne sont qu'un moyen pour la Flandre et la Wallonie de conserver leur mainmise sur la capitale. Le droit de vote des étrangers venant de l'UE aux élections régionales et la mise en place de méthodes de citoyenneté participative devraient contribuer à l'indépendance et à la reconnaissance de la Région bruxelloise.

2) Enseignement, formation, emploi : ces trois éléments sont liés, c'est pourquoi Pro Bruxsel veut régionaliser l'enseignement, qui deviendrait bilingue, dès le fondamental, en poussant à une connaissance des langues élargie à une 3e voire une 4e langue. La formation professionnelle et l'enseignement seraient regroupés au sein d'un seul ministère. Un guichet unique serait créé à destination des immigrants pour favoriser leur insertion sociale, linguistique et culturelle. Une collaboration entre Bruxelles et son hinterland économique devrait aussi procurer de l'emploi à de nombreux Bruxellois inactifs.

3) Financement régional : pour être maître de ses propres moyens financiers, il est nécessaire de réformer les sources de financement actuelles. Cela passerait par une harmonisation des taxes régionales et communales existantes, le paiement du précompte professionnel sur le lieu de travail et une taxe sur les navetteurs automobilistes. Une contribution financière de l'UE à la Région devrait également être négociée.

4) Mobilité : Bruxelles doit privilégier les transports propres, mais pour cela il lui faut réformer toute la politique bruxelloise du transport, ce qui implique une collaboration avec la périphérie. La gratuité des transports en commun et le réaménagement des voiries participeraient à cet objectif. Une police de la mobilité serait mise en place et le réseau de la STIB serait renforcé.

5) Logement : Bruxelles doit redevenir accessible aux faibles et moyens revenus, qui constituent l'essentiel de sa population. La lutte contre les chancres urbains et les logements insalubres, la réhabilitation des biens immobiliers inoccupés, la rationalisation et le renforcement des agences immobilières sociales vont dans ce sens. Des aides comme le fonds du logement doivent être renforcées ainsi que les normes de salubrité et d'économie d'énergie.

6) Culture et sport : les politiques culturelles et sportives doivent être régionalisées. Il faut également supprimer le critère d'appartenance linguistique et rationaliser les politiques régionales et communales pour en faire un tout cohérent. Le but est de redonner à la culture bruxelloise un rayonnement international qui rejaillirait sur les Bruxellois ainsi que de profiter de l'amélioration des infrastructures et des politiques sportives pour en faire un véritable élément du lien social.

Le bon sens aura-t-il raison de la gabegie et du cynisme?

Que de bonnes intentions... et de bon sens. Mais le jeu politique tellement cynique dans ce pays que ce bon sens et ces bonnes intentions risquent en fait de se muer en naïveté politique, seuls les requins parvenant à leurs fins dans ce pays, et leurs fins ne vont qu'exceptionnellement (ou par hasard) dans le sens de l'intérêt général. Malheureusement, le manque de visibilité de ce parti risque de se faire sentir le soir des élections, car malheureusement, la pensée unique, la démagogie, les habitudes électorales et l'émotion sont beaucoup plus rentables en termes électoraux.

Quant aux médias, ils ne s'intéressent pas à ce parti, cadenassés dans la logique des familles politiques, et préférant les scandales et débats partisans houleux (bien que stériles) aux vrais débats d'idées et aux solutions qui ne prennent pas en compte le confort financier et la soif de pouvoir des politiciens. Espérons néanmoins que les mouvements tels que Pro Bruxsel grandissent un peu partout en Belgique et aident les Belges à devenir civiquement et politiquement adultes. On peut toujours rêver, non ?

Plus d'information sur le site internet de Pro Bruxsel.

Thomas Halter
22/04/09 12h44
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