La presse flamande cherche les causes de l'échec
De nombreux journaux flamands cherchaient lundi les causes de l'échec de la formation du gouvernement. Ils revenaient notamment sur le rôle d'Yves Leterme et les erreurs que ce dernier a commises. Les commentateurs concluaient par ailleurs qu'il était plus que jamais clair qu'une réforme de l'Etat sur le long terme était nécessaire en vue de retrouver une certaine stabilité politique et que les Francophones ne pouvaient plus continuer à dire non.
"Qui croit encore en Yves Leterme?", s'interroge Yves Desmet, rédacteur en chef politique de
De Morgen. Selon lui, l'ex-formateur a fait des promesses qu'il savait qu'il n'allait pas pouvoir tenir: une bonne gouvernance, une nouvelle grande réforme de l'Etat et la scission de BHV. Il avait en outre indiqué que "cinq minutes de courage politique" suffiraient pour mettre un terme à l'incapacité de la coalition violette à modifier la donne communautaire.
"Nous n'en voulons pas à Yves Leterme de ne pas avoir obtenu de résultats. Personne n'aurait pu tenir toutes ces promesses. Nous lui en voulons par contre parce qu'il savait parfaitement qu'il ne pourrait tenir toutes ses promesses. Mais il a fait tout cela pour des raisons électorales", écrit Yves Desmet.
Effet boomerangBart Moerman suit un même raisonnement dans
Het Nieuwsblad et
Het Volk mais ajoute que la chef de file du cdH, Joëlle Milquet, a également une part de responsabilité dans cet échec. "Elle dit qu'il faut sauver l'unité de la Belgique", écrit-il. "Mais à chaque 'non', les Flamands exigent plus d'autonomie". Pour lui, les Francophones doivent se rendre compte d'une chose. "Si aucune démarche claire n'est entreprise d'ici la formation d'un prochain gouvernement fédéral, les exigences flamandes leur reviendront au visage à la manière d'un boomerang."
Paul Geudens estime de son côté, dans
Gazet van Antwerpen, qu'Yves Leterme était déjà persona non grata en Belgique francophone avant les élections. Il reproche en outre à l'homme fort du CD&V son trop gros appétit pour le poste de Premier ministre et écrit que le cdH ne voulait en réalité pas d'un gouvernement orange bleue.
Fin du modèle belgePour Paul Geudens, cet échec signifie la fin du modèle belge de concertation. Il estime qu'il faut mettre un terme à la protection extrême de la minorité francophone, qui peut tout bloquer dans le pays. "Sinon c'en est fini de la Belgique. Les deux communautés doivent décider de ce qu'elles veulent encore gérer ensemble. Le reste en reviendra aux autres entités", ajoute-t-il.
Pour Peter Vandermeersch, de
De Standaard, les six derniers mois n'auront pas été inutiles. "Dans quelques années, il se révélera sans doute que cette demi année écoulée était l'une des plus intéressantes de notre histoire nationale contemporaine", estime-t-il. "La conclusion la plus importante est qu'on ne parviendra pas à former un gouvernement fédéral sans un débat en profondeur sur la réforme de l'Etat." "Nombre de tabous historiques et de considérations tactiques devront être mis de côté", ajoute-t-il, précisant qu'il faut des "accords à grande échelle sur les nouveaux équilibres de ce pays".
DésintégrationLuc Van der Kelen, dans
Het Laatste Nieuws, estime qu'après six mois sans gouvernail, la Belgique a besoin d'un gouvernement. Sinon le pays se "désintégrera discrètement". Une tripartite classique n'est, pour lui, pas une option. L'éditorialiste s'interroge en outre sur l'accueil chaleureux qui a été réservé à Yves Leterme au sein de son parti après sa démission. "Le plus grand parti du pays estime donc en être arrivé là? Tindemans, Martens et Dehaene doivent alors être bien surpris en considérant tout cela".
Enfin, Eric Donckier, dans
Het Belang van Limburg, revient également sur la responsabilité de Joëlle Milquet dans cet échec. "Dire non à six millions de Flamands relève d'un comportement irresponsable. Les francophones doivent se rendre compte qu'il n'existe pas de frigo communautaire, mais uniquement un four. Quant on y met des problèmes, ils sont partis. Mais une fois ressortis, ils sont plus chauds que jamais", écrit-il.