Le procès Ghislenghien remis au 15 juin
7S7
mise à jour
Le procès, qui doit déterminer les responsabilités dans la catastrophe de Ghislenghien, a été remis au 15 juin, a décidé lundi le président du tribunal correctionnel de Tournai. Il a ainsi accédé aux demandes formulées dans ce sens par les cinq personnes physiques et morales citées directement devant le tribunal par des parties.
La première audience de ce "procès hors normes", selon les termes du président du tribunal, n'a donc été que purement technique. Vingt-quatre personnes étaient décédées et 132 avaient été blessées après l'explosion, le 30 juillet 2004, de la conduite de gaz haute pression de Fluxys, située dans le zoning de Ghislenghien où la société Diamant Boart (devenue Husqvarna) construisait une nouvelle usine.
L'instruction, qui a duré près de cinq ans, a révélé un enchaînement d'erreurs. Elle a notamment montré que la conduite souterraine avait été précédemment entaillée par un engin de chantier. Ce n'est qu'une heure et demi après la perception des odeurs de gaz que les secours ont été appelés. Le chef des pompiers, qui n'était pas au courant de l'existence de cette conduite de gaz souterraine, n'avait pas eu le temps d'organiser l'évacuation.
Procès hors normes"C'est un procès hors normes en raison du nombre de victimes décédées et des douleurs poignantes des victimes et de leurs familles", a souligné en ouverture du procès, le président Renaud Moulard avant de procéder aux interrogatoires d'identité des prévenus, soit neuf physiques et cinq personnes morales.
Un des prévenus, représenté par son avocat, était absent car il ne savait pas se libérer ce lundi. "C'est malheureux pour un procès de cette ampleur", a déploré le président, indiquant ainsi qu'il comptait tenir fermement les rênes des débats.
En janvier, la chambre du conseil avait renvoyé devant le tribunal correctionnel quatorze personnes physiques et morales. Des parties (prévenus ou parties civiles) ont néanmoins décidé de citer directement cinq autres personnes devant le tribunal.
Il s'agit d'un dirigeant de Husqvarna, de trois sociétés et de la ville d'Ath. Leurs conseils ont indiqué lundi qu'elles n'avaient été citées que le 12 mai dernier, ce qui leur a laissé peu de temps pour étudier les quelque 40.000 pages du dossier d'instruction.
"Il me semble légitime de solliciter une remise", a indiqué l'avocate de la SA Colas Belgium, citée directement. Elle a demandé trois semaines. Pour le ministère public, un report d'une journée serait suffisant. "Cela ne concerne qu'un, voire un demi des 44 cartons. Un tel dossier, moi je le lis en un jour", a relevé le procureur du roi, Jean-Bernard Cambier.
ApplaudissementsCe qui a déclenché les applaudissements des quelques dizaines de victimes ou proches de victimes présentes dans la salle d'audience. Ce que n'a pas accepté le président. "On n'est pas au cirque. Je n'accepterai plus ce genre de manifestation", a-t-il lancé.
Le président du tribunal a indiqué qu'il ne "voit pas d'inconvénient à ce qu'on reporte à trois semaines", à savoir au 15 juin. Cela ne retardera en rien la date du jugement, attendue à la fin de l'année, a-t-il précisé. L'instruction d'audience devrait se terminer, comme prévu, fin juin car le calendrier était très large.
Après une courte interruption, le tribunal a acté ce report au 15 juin, hormis pour une question technique sur laquelle il se prononcera brièvement mardi matin. Deux des cinq citations directes avaient trait au volet pénal. Les citants ont laissé entendre lundi matin qu'ils renonçaient au volet pénal et se cantonneraient au seul volet civil. Le tribunal devrait l'acter mardi matin.
Leur renoncement au pénal est important dans la mesure où un maintien aurait vraisemblablement obligé le tribunal à reporter le procès à une date bien plus éloignée.
Tourner la pageCe dont ne veulent pas les victimes de l'explosion de Ghislenghien, qui attendent depuis près de cinq ans réparation. "J'espère une reconnaissance pour pouvoir tourner la page même si j'ai été défiguré dans l'accident", répétait ainsi, hors salle d'audience, David De Palma.
Grièvement brûlé, il n'a pu reprendre son travail à Husqvarna, consacrant ses journées à la revalidation. "Psychologiquement, je vis encore ce drame tous les jours. J'attends de ne plus avoir Ghislenghien au-dessus de la tête", dit-il.
Filipo Michel, qui a pu reprendre son travail à Husqvarna malgré des graves brûlures à la tête, était plus amer. "On perd un peu le fil des débats. On ne comprend pas ce qui se passe. Ce retard, c'est lourd. Mais on a enfin pu mettre des visages sur les noms" des prévenus, a-t-il commenté.
Quelque 80 victimes ou proches de victimes étaient présentes lundi à Tournai Expo où le procès a été délocalisé en raison de l'exiguïté du palais de justice de Tournai. Le hall de Tournai Expo était donc à moitié vide. Les victimes avaient pris place sur des chaises mobiles installées dans cet étrange salle d'audience qui tient plus d'un immense et froid hangar, aux murs nus tapissés de tentures bleues, que d'un palais de justice. (belga)