Si les questions qu'on se posait il y a un mois sur l'après élections régionales sont toujours les mêmes, les choses ont malgré tout évolué et se sont peut-être un peu clarifiées. Le président du PS, Elio Di Rupo a en effet indiqué que son parti ne gouvernerait pas avec le MR après le 7 juin et les sondages continuent a prédire une importante croissance d'Ecolo et une perte tout aussi importante du PS.
"Infréquentables"
Tout a commencé à bouger avec l'affaire Donfut, ce ministre wallon PS obligé de démissionner le 12 mai dernier pour avoir continué une mission de consultance très bien rémunérée auprès de l'intercommunale du gaz du Hainaut (IGH) et de la Socofe alors qu'il était membre du gouvernement wallon.
Les choses se sont alors enchaînées. Le samedi 16 mai lors d'un congrès du MR à Mons, le président et vice-premier ministre Didier Reyders déclarait que certains membres du PS étaient devenus "infréquentables".
Où est la démission de Laurette?
Le lundi suivant, dans le quotidien Le Soir, la vice-première ministre PS Laurette Onkelinx se disait choquée par la déclaration et ajoutait qu'elle réclamait des "clarifications" de la part de M. Reynders faute de quoi elle quitterait le gouvernement. Dans les heures qui suivaient, M. Reynders répliquait n'avoir rien à retirer de ce qu'il avait dit. Mme Onkelinx n'a pour autant pas démissionné.
Le samedi 23 mai, le ministre wallon Benoît Lutgen dont on peut supposer qu'il parlait avec l'accord de sa présidente Joëlle Milquet évoquait dans La Libre, pour la première fois de la part d'un cdH, la possibilité d'une alliance avec Ecolo et le MR. Il ajoutait que "le contrat avec le PS s'arrête le 7 juin".
"Je ne m'allierai pas avec le MR"
C'est ensuite le président du PS, Elio Di Rupo qui a fait l'actualité en déclarant le 27 mai à l'émission de La Une (RTBF) "Huis Clos" qu'il excluait une alliance avec le MR à l'issue du scrutin du 7 juin. "Je ne m'allierai pas avec le MR pour gouverner Bruxelles et la Wallonie", a-t-il dit alors qu'il était face à Didier Reynders.
Le tout s'est déroulé sur fond de sondages "tous azimuts" dont il apparaît qu'Ecolo devrait être le grand gagnant des élections du 7 juin et le PS le grand perdant. Le MR progresserait un peu et le cdH se retrouverait 4ème parti du côté francophone.
Quelles alliances?
La question est donc toujours: qui du PS ou du MR sera premier en Wallonie et à Bruxelles. Si pour la région capitale, il semble que le MR pourrait l'emporter même s'il est talonné selon certains sondages par Ecolo, en Wallonie les choses ne sont pas aussi claires et comme disent certains socialistes, "ce n'est pas parce qu'on perd beaucoup qu'on ne sera plus les premiers".
Reste alors la grande question des alliances: l'Olivier, toujours défendu par le PS pour éviter ce qu'il appelle un "bain de sang social" ou la coalition MR-cdH-Ecolo, à moins que deux partis suffisent. Le MR ou le PS pourraient alors s'allier chacun avec Ecolo.
Un message clair?
Le MR tente depuis plusieurs jours de faire sortir du bois le cdH et surtout Ecolo. Dans Le Soir de jeudi, Didier Reynders déclarait encore avoir lu dans le programme d'Ecolo que les verts souhaitaient que l'on annonce les coalitions avant les élections. Jusqu'à présent, la présidente des Humanistes reste prudente, continue à regretter qu'on ne parle pas du fond et insiste sur l'importance de l'éthique en politique, une des priorités de son parti.
Ecolo n'est pas plus clair quant aux coalitions. Dans les journaux de Sud Presse, jeudi, Jean-Michel Javaux se contente de dire que si les PS perd plus de 10pc ce sera "un message clair". Sur le choix entre le PS et le MR, il répond : "on ne va pas se laisser piéger par ces partis qui sont ensemble au fédéral depuis 10 ans".
MR concurrent d'Ecolo
On constate aussi depuis plusieurs jours qu'Ecolo est devenu le parti le plus ciblé lors des nombreuses rencontres et meetings requalifiés congrès. C'est notamment le cas au MR dont Ecolo est en effet devenu le concurrent direct. C'est sur les transferts de voix vers les écologistes que les libéraux pourraient encore en grappiller quelques unes.
Reste aussi toujours la question de l'influence des élections régionales sur le gouvernement fédéral. Le PS quittera-t-il le navire s'il est dans l'opposition en Région wallonne, à Bruxelles et en Communauté française? Si oui, Ecolo pourrait-il monter au fédéral et à quelles conditions? Avec ou sans Groen! qui, du côté flamand, ne semble pas bénéficier du même mouvement ascendant?
Louis Michel pour arrondir les angles?
Enfin, alors que la position de Didier Reynders en tant que président du MR était qualifiée de difficile par beaucoup au début de la campagne en raison de l'hostilité qu'il suscitait auprès de partenaires potentiels, sa situation s'est rétablie. Le retour sur la scène belge de Louis Michel n'est plus considéré comme une manoeuvre potentiellement hostile mais plutôt comme un appui bienvenu pour circonvenir le cdH et Ecolo.
Si le MR entre dans les majorités régionales et communautaire, il y aura suffisamment de postes à pourvoir pour satisfaire tout le monde. On cite même Louis Michel pour devenir ministre-président des gouvernements wallon et de la Communauté française. Didier Reynders reste cependant prudent. "Ce serait un bon candidat mais nous avons aussi beaucoup de jeunes qui pourraient remplir la fonction", dit-il.
Quel avenir pour Di Rupo?
Quant au président du PS, Elio Di Rupo, sa position risque d'être délicate si les sondages se confirment. Certains commentent dans les milieux socialistes que s'il ne part pas de lui-même, ils seront sans doute nombreux à l'y encourager. On évoque d'ailleurs le nom de M. Di Rupo pour le poste de commissaire européen. Louis Michel avait bénéficié d'une manoeuvre similaire lorsque certains l'ont rendu responsable au sein de son parti du fait que le MR se retrouvait dans l'opposition après les précédentes élections régionales.
Au cdH, la procédure de remplacement de Joëlle Milquet à la tête du parti est toujours pendante. Le résultat des élections et ses conséquences sur la présence du cdH dans les exécutifs pourrait jouer un rôle dans la suite de cette procédure. Pour Ecolo, tout "baigne" pour le moment. Le parti plane. La seule question est de savoir si Jean-Michel Javaux pourra rester au balcon si son parti entre dans toutes les majorités.
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