Les juges de Luxembourg décideront lundi si Microsoft est coupable d'abus de position dominante, comme l'en accuse la Commission européenne, une décision qui pourrait contraindre le géant américain à modifier ses lucratives pratiques commerciales. La décision de la Commission remonte à plus de trois ans. Le 24 mars 2004, le commissaire à la Concurrence d'alors, l'Italien Mario Monti, avait condamné l'éditeur de logiciels à une amende record d'un demi-milliard d'euros, la plus forte jamais imposée par Bruxelles à une entreprise. Elle avait en outre attaqué Microsoft au coeur de sa stratégie commerciale.
D'une part, elle l'avait contrainte à cesser les "ventes liées": en effet, Microsoft vendait automatiquement son logiciel Media Player avec son système d'exploitation Windows. La Commission estimait qu'en agissant ainsi, le groupe évinçait du marché tous ses concurrents en matière de logiciels audio-vidéo. D'autre part, Mario Monti avait obligé l'entreprise à fournir une meilleure documentation technique à ses concurrents. Selon le commissaire, les concurrents de Microsoft étaient en effet incapables d'élaborer des logiciels compatibles avec la version Windows serveurs pour groupes de travail.
"La décision de 2004 est importante car il y a tant de gens -que ce soient des particuliers, des écoles, des universités, des entreprises ou des gouvernements- qui utilisent des ordinateurs et que 95% de ces machines tournent grâce au système d'exploitation Windows", a rappelé récemment Jonathan Todd, le porte-parole de Neelie Kroes, qui a succédé en novembre 2004 à Mario Monti. "Microsoft détient un monopole sur le marché des systèmes d'exploitation pour PC depuis plus de 15 ans. S'il peut abuser de ce monopole pour exclure ses concurrents sur d'autres marchés, l'offre aux consommateurs et l'innovation en souffriront", jugeait-il alors.
Pour Jonathan Todd, l'histoire a démontré que la Commission avait raison: alors qu'en 1998, Microsoft détenait une part de marché de 40% sur le marché des systèmes d'exploitation pour serveurs pour groupes de travail, ce chiffre est passé depuis à 80%. De son côté, Microsoft multiplie les conférences de presse pour prouver sa bonne foi. Le jugement du Tribunal de première instance de la Cour européenne de Justice a beau être très attendu, il risque fort de ne pas être si tranché. A Bruxelles, de nombreux observateurs attendent une décision double: Microsoft gagnerait sur les ventes liées, une stratégie cruciale pour le groupe, tandis que la Commission l'emporterait sur la question de la documentation.
Toutefois, prévient-on tant chez Microsoft qu'à la Commission, le tribunal a plus d'une fois causé la surprise. Une seule certitude: la dernière condamnation pour abus de position dominante annulée par le Tribunal remonte à près de 30 ans. Et le feuilleton risque fort de ne pas s'arrêter lundi: les deux parties disposeront de deux mois et dix jours pour faire appel de la décision du Tribunal devant la Cour européenne de Justice. (afp)
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