L'architecte de Diamant Boart entendu au procès Ghislenghien

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Par: rédaction
15/06/09 - 12h59
MISE À JOUR

Le terrain sous lequel la conduite de gaz de Ghislenghien a explosé avait été considérablement raboté pour préparer la construction d'un siège pour la société Diamant Boart, a laissé entendre lundi, devant le tribunal correctionnel de Tournai, l'architecte de ce siège, qui doit répondre pénalement devant le tribunal. Il a dit n'avoir remarqué l'ampleur de ce rabotage - qui pourrait expliquer comment la conduite a été touchée par un engin de chantier - qu'après l'explosion.

Le tribunal correctionnel de Tournai, qui doit déterminer les responsabilités dans la catastrophe de Ghislenghien, est ainsi entré lundi, après un premier report décidé le 25 mai dernier, dans le vif du sujet après que le président eut réservé sa réponse à la demande d'audition de témoins formulée par la défense du bourgmestre et du secrétaire communal d'Ath, également poursuivis pénalement.

24personnes étaient mortes et 132 avaient été blessées après l'explosion, le 30 juillet 2004, de la conduite de gaz haute pression de Fluxys, située dans le zoning de Ghislenghien où la société Diamant Boart (devenue Husqvarna) construisait une nouvelle usine.

L'instruction, qui a duré plus de cinq ans, a révélé un enchaînement d'erreurs. Elle a notamment montré que la conduite souterraine avait été précédemment entaillée par un engin de chantier. Ce n'est qu'une heure et demi après la perception des odeurs de gaz que les secours ont été appelés. Le chef des pompiers, qui n'était pas au courant de l'existence de cette conduite de gaz souterraine, n'avait pas eu le temps d'organiser l'évacuation.

Quatorze personnes - neuf personnes physiques et cinq personnes morales - sont prévenues d'homicide involontaire par défaut de prévoyance ou de précaution. Il s'agit notamment de Fluxys et Husqvarna, de sociétés qui ont travaillé sur le site où devait être construite l'usine et de deux responsables de la ville d'Ath. Le procès avait été reporté le 25 mai car des parties civiles avaient alors cité - uniquement au civil - d'autres personnes qui avaient obtenu trois semaines de délai pour examiner le dossier.

Lundi, la défense de Bruno Van Grootenbrulle (bourgmestre d'Ath) et Marc Duvivier (secrétaire communal) a demandé au tribunal d'entendre six témoins, dont l'ex-président de la chambre, Herman De Croo qui est également bourgmestre de Brakel, une commune voisine d'Ath qui renferme également sous son sol des conduites de gaz Fluxys.

Pour Me Laurent Kennes, M. De Croo, "un homme politique expérimenté", devrait pouvoir éclairer le tribunal sur les bonnes pratiques et les mesures prises par les communes. Il pourrait également dire comment un bourgmestre normalement prudent et prévoyant aurait réagi dans de telles conditions. Il voudrait également entendre cinq autres personnes, dont un ancien responsable des travaux à Ath et trois personnes au fait des plans particuliers d'intervention pour les pipe-line souterrains. Le ministère public, tout comme les parties civiles, y sont opposés.

"Ces témoins ne sont témoins de rien du tout", a relevé le procureur du roi Jean-Bernard Cambier. Le tribunal, après avoir délibéré, a réservé sa réponse avant d'entrer dans le vif du dossier en interrogeant le premier prévenu.

Erwin Persoons, architecte à A&I Architectenvennootschap, a conçu les plans de l'usine qui devait être construite. Il a relevé que le relief du terrain était vallonné et que, sous le terrain original, les conduites étaient enterrées à une profondeur comprise entre 1,30 et 1,60 mètre.

Pour les travaux de terrassement, une référence a été prise sur une taque d'égout qui ne devait pas bouger et qui était située sur une voirie proche. Des travaux de terrassement ont été effectués sur ce terrain original. Le terrain a été raboté. M. Persoons a ainsi expliqué qu'il fallait retirer la couche de terre arable qui est impropre à supporter une construction.

Il a affirmé qu'il n'avait jamais été informé de la modification des pentes ou du réseau d'égouttage, notamment pour des raisons financières. "Je l'ai appris le jour de l'explosion lorsque je me suis rendu sur place quand j'ai vu que la distance entre le tuyau (soit la canalisation qui a explosé, ndlr) et la voirie était tellement petit", a dit M. Persoons, qui se rendait en temps normal un jour par semaine sur le site de construction. Suite de l'interrogatoire lundi après 14h30. (belga/chds)

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