Dix mille policiers seront déployés jeudi à Karachi pour protéger l'ex-Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto, de retour de huit années d'exil, après que des islamistes proches des talibans et d'Al-Qaïda eurent récemment menacé de la tuer.
"Il y a une menace d'attentat suicide par deux ou trois groupes agissant à Karachi", a affirmé le secrétaire à l'Intérieur pour la province de Sindh (sud), Ghulam Mohammad Mohtarram. Ces cellules "terroristes" sont liées au réseau d'Oussama ben Laden, aux talibans d'Afghanistan et à un chef islamiste pakistanais proche de ces derniers, qui a promis "d'accueillir" Mme Bhutto par un attentat suicide, a-t-il assuré. "Des menaces existent", a dit Safdar Abbasi, sénateur de son Parti du peuple pakistanais (PPP).
L'unique femme à avoir dirigé la République islamique du Pakistan (1988-1990 et 1993-1996) et la première Premier ministre dans l'histoire du monde musulman, a confirmé mercredi à Dubaï qu'elle rentrerait jeudi dans son pays, qu'elle avait quitté en 1999 pour échapper à des poursuites pour corruption. Un million de ses sympathisants sont attendus à Karachi, espère le sénateur Safdar. "Nous ferons tout ce que nous pourrons pour protéger Benazir Bhutto, mais il sera très difficile d'empêcher de telles attaques à la bombe si elles frappent dans la foule", a prévenu M. Mohtarram.
La ville sera quadrillée par 10.000 policiers et Mme Bhutto protégée par des boucliers blindés contre d'éventuels tirs de snipers, ont promis les autorités. Elle devrait être en effet juchée sur la plate-forme d'un camion pour une procession de 18 heures entre l'aéroport de Karachi et le mausolée du fondateur du Pakistan, Mohammad Ali Jinnah. Des commandos des forces spéciales et des tireurs d'élite seront déployés sur les toits de "tous les grands immeubles et sur "tous les ponts", a dit un responsable de la sécurité. Le PPP compte aussi sur ses "propres militants" pour protéger la vie de sa dirigeante, laquelle bénéficiera de trois cordons de sécurité.
Mme Bhutto a averti qu'elle redoutait une tentative d'assassinat, exigeant du président Pervez Musharraf qu'il lui offre une sécurité équivalente à la sienne. "Je suis un ancien Premier ministre et j'ai droit à des mesures de sécurité. Nous voulons des appareils de brouillage de télécommunications pour que des engins explosifs et des kamikazes ne puissent pas nous atteindre", a-t-elle expliqué à la télévision Sky News. Plus précisément, elle a dit "craindre une menace venue de l'appareil gouvernemental", de militaires à la retraite restés fidèles à l'époque où le Pakistan soutenait le "jihad" en Afghanistan occupé par les Soviétiques dans les années 80. (belga)


