L'affaire Peeters/De Tandt cacherait un vaste système de chantage et de corruption impliquant des avocats, des magistrats et des dirigeants d'entreprise, peut-on lire mardi sur le site internet de l'hebdomadaire Trends.
Selon des sources émanant du tribunal du commerce de Bruxelles, les enquêteurs et juges d'instruction se heurteraient depuis des années à une omerta politico-affairiste, indique Trends. Les dossiers à l'instruction seraient systématiquement bloqués et couverts par de hauts magistrats bruxellois, du parquet général à la Cour de Cassation.
D'après Trends, l'affaire Peeters/De Tandt soulève aussi dans les milieux judiciaires des questions concernant le rôle de la magistrature dans une série d'autres procès sensibles, tels que la Sabena, Fortis, Sobelair, la banque Belgolaise, Donaldson et l'affaire Salik/Kid Cool.
Dans le cadre de cette dernière affaire, des perquisitions ordonnées en juin 2000 chez le juge consulaire Emile Dereymaeker, désigné comme juge-commissaire par le tribunal de commerce, ont permis de trouver dans son ordinateur des indications d'une corruption possible par l'homme d'affaires Pierre Salik.
Le juge-commissaire aurait plus d'une fois outrepassé son rôle après la reprise effective de Kid Cool par Pierre Salik en juin 1999. Des fragments de notes figurant dans l'agenda qu'Emile Dereymaeker tenait sur son ordinateur font apparaître que le juge avait reçu des cadeaux de Pierre Salik et participé à de petites fêtes intimes.
Les médias ont également publié des extraits d'un enregistrement dont le contenu a été constaté par huissier. Il s'agit d'un entretien téléphonique entre un Emile Dereymaeker enjoué et Pierre Salik: "Bonjour Pierre, c'est Emile", après quoi le juge signale qu'il vient de faire un délicieux petit dîner avec mesdames De Tandt et Spiritus (à l'époque, respectivement vice-présidente et présidente du tribunal de commerce de Bruxelles).
"Très positif mais je te parlerai demain de leur petite idée", concluait-il. Cela se passait avant que la juge De Tandt ne prononce un jugement qui s'est avéré désavantageux pour l'ancien propriétaire de la chaîne de magasins Kid Cool, Patrick Abraham.
Sur quoi les avocats de ce dernier et de Kid Cool ont saisi la Cour de Cassation d'une requête en suspicion légitime contre l'ensemble du tribunal de commerce de Bruxelles. En appel, les jugements de De Tandt ont été infirmés, tout comme dans l'affaire Fortis, note Trends.
En octobre 2002, le juge d'instruction Van Espen a mis Emile Dereymaker et Pierre Salik en accusation mais le dossier est resté bloqué durant des années.
C'est seulement après une lettre de Patrick Abraham adressée à la ministre de la Justice de l'époque, Laurette Onkelinx, que le parquet de Bruxelles a conclu au début de 2007 qu'il y avait "suffisamment d'éléments pour demander un renvoi devant le tribunal correctionnel pour Pierre Salik, ses deux filles et le juge-commissaire Emile Dereymaeker". Le chef d'accusation était respectivement la corruption active et passive d'un magistrat. Depuis lors, la chambre du conseil n'a pas encore renvoyé l'affaire en correctionnelle.
Dix ans après la déclaration de faillite de la chaîne de vêtements pour enfants par le tribunal de commerce de Bruxelles, la clarté n'a pas encore été faite dans l'affaire Salik/Kid Cool, souligne Trends. Les circonstances présentent des similitudes avec celles constatées dans les milieux de la haute magistrature bruxelloise pour lesquelles le directeur de la police judiciaire de Bruxelles, Glenn Audenaert, a alerté le ministre de la Justice, conclut le magazine. (belga)


