120 personnes menacées d'expulsion à Saint-Gilles
Quelque 120 personnes, dont 54 enfants, qui occupent un immeuble vide de sept niveaux et de plus de 8.000 m2 depuis le 11 mai sur la place Morichar à Saint-Gilles sont menacées d'expulsion, ont annoncé mercredi les occupants au cours d'une conférence de presse.
Un huissier de justice a signifié le 28 août aux occupants, dont une majorité de familles, un ordre de quitter les lieux dans un délai de 48 heures. Le propriétaire des lieux squattés, la société Al Sabah Trust Company, dont le siège social est situé au Panama, a introduit une requête unilatérale le 18 août. Elle a été déboutée par le président du tribunal de première instance de Bruxelles mais a obtenu gain de cause en appel.
Des associations qui soutiennent l'occupation dénoncent le manque de logements pour les bas revenus ou les personnes défavorisées en Région bruxelloise. Selon ces associations, les polices de Saint-Josse et de Bruxelles, Fedasil (l'Agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile en Belgique) et le service de prévention de Saint-Gilles ont demandé aux organisateurs de l'occupation à pouvoir accueillir des personnes supplémentaires.
Pour le curé Jacques van der Biest, les occupants de l'immeuble devraient être remerciés pour les services rendus aux pouvoirs publics plutôt que d'être expulsés. Selon les occupants, toutes les garanties ont été apportées en matière de sécurité et d'hygiène. Un rapport officiel du service hygiène de la commune en témoignerait. Les occupants considèrent que leur expulsion n'est justifiée par aucun motif urgent ou de danger.
Selon le propriétaire des lieux, des négociations sont en cours avec l'Institut supérieur d'architecture Saint-Luc qui envisagerait d'occuper le bâtiment pour la rentrée académique 2010-2011. Des travaux d'aménagement devaient débuter depuis septembre de cette année mais selon les occupants aucun permis de bâtir n'a été introduit. Le bâtiment était occupé jusqu'en octobre 2008 par le SPF Finances.
"Le droit de propriété est un droit fondamental reconnu constitutionnellement et internationalement, mais le droit au logement aussi. En Belgique, le droit à la propriété l'emporte sur le droit au logement. Mais le droit à la propriété n'est pas un droit absolu comme l'a rappelé la Cour constitutionnelle dans un arrêt du 20 avril 2005. Il peut être limité pour satisfaire d'autres droits fondamentaux, comme le droit au logement", a déclaré Manuel Lambert, juriste à la Ligue des Droits de l'Homme.
Celui-ci a rappelé que l'ONU avait fait savoir dans une recommandation datant de janvier 2008 qu'elle restait préoccupée par la pénurie chronique de logements sociaux pour les ménages à faible revenu ou les groupes défavorisés et par la hausse continue des loyers dans le secteur locatif privé, malgré les diverses initiatives prises par l'Etat.
Le délégué général aux droits de l'enfant, Bernard De Vos, a demandé à ce que l'occupation puisse se poursuivre pour permettre notamment aux enfants de continuer à aller à l'école. Il a ajouté que de nombreux enfants parmi les quelque 1.200 demandeurs d'asile hébergés dans des hôtels faute de places dans les structures d'accueil de Fedasil, sont actuellement privés d'école. Les occupants ont rédigé une lettre aux directions des établissements scolaires de la commune de Saint-Gilles pour les sensibiliser face à la menace d'expulsion qui pèse sur eux. (belga)