Nouvelles révélations dans le dossier de La Carolorégienne
Luc Frère, à gauche, lors du procès de la Carolorégienne en juin 2009 (Archives)
Le tribunal correctionnel de Charleroi, qui poursuit l'examen du dossier de "La Carolorégienne", a entendu jeudi Luc Frère, qui fut directeur gérant de la société de logements sociaux.
De l'audit à l'auditionLuc Frère, aujourd'hui prévenu, avait presté dans un premier temps des misions ponctuelles pour « La Carolorégienne ». Il y avait conduit une mission d'audit interne au nom de la firme Coreva dont il était le responsable. Il avait ensuite été engagé comme directeur gérant de la société de logements.
Poursuivi lui aussi pour utilisation de personnel à des fins privées, il a nié mais a dit avoir constaté ce genre de dysfonctionnements au profit d'autres responsables de « La Carolorégienne ». De même, a-t-il dit, de nombreux vols s'y commettaient, le personnel compensant ainsi le fait qu'il était sous-payé. Les seuls frais de fonctionnement dont il aurait bénéficié auraient été ceux d'une voiture de fonction. Fin 2004, il a découvert l'existence de l'audit de 2002 de la SWL sur la situation de « La Carolorégienne ». Il a évoqué son existence, dit-il, mais sans résultat interne.
"Mafieux"Interrogé à propos du coûteux licenciement du directeur des travaux Jean-Pol Tison, avec une indemnité de 295.000 euros, il a expliqué que la procédure était en cours quand il est arrivé et qu'il était d'abord question de 750.000 euros d'indemnité de départ. La somme a fait l'objet de discussions, avant d'être soumise à Jacques Van Gompel, alors bourgmestre qui était dans les faits le véritable patron de La Carolo, a expliqué Luc Frère. Il a finalement été décidé d'accorder 295.000 euros à Tison, aujourd'hui coprévenu.
Selon Frère, il existait un climat particulier au sein de la société de logements sociaux : Jean-Pol Tison était au courant de malversations commises par Alain Carlier, directeur gérant quand Luc Frère a mené son audit. Le climat était alors tel, à l'intérieur de « La Carolorégienne, que « Claude Despiegeleer parlait de Tison en le traitant de mafieux ».
TransfertsPour Luc Frère, le modèle de subventionnement mis en place entre « La Carolorégienne » et l'asbl L'Ecrin ne pouvait tenir. L'Ecrin, qui avait une mission de réinsertion, était incapable de tenir seule, financièrement. Quand de l'argent manquait, on s'adressait à La Carolorégienne qui effectuait un transfert, sans aucune convention.
J'ai donc fait faire une convention, explique Luc Frère qui a reconnu l'avoir fait antidater, comme une des préventions le lui reproche.
De même, le mécanisme de distribution en interne des timbres postaux achetés par « La Carolorégienne » était l'occasion d'excès qui ont été corrigés par la mise en place de l'audit. On savait bien que La Carolorégienne était l'endroit où n'importe qui, dans l'administration communale, pouvait venir se procurer des timbres sans aucun contrôle, a commenté le prévenu. Les cartes d'essence ont également fait l'objet d'un contrôle qui a permis d'établir qu'il y en avait 48 pour 16 véhicules.
Parquet ou pas?« Quand on s'est rendu compte des malversations diverses, il a été question de les signaler au parquet, ce qui n'a pas été fait. Je suis resté pour relever le challenge et redresser la société, mais René Boucheron (comptable de La Carolorégienne, et également prévenu) était plutôt partisan d'abandonner la mission », a poursuivi Luc Frère.
Selon Luc Frère, La Carolorégienne était alors en état de faillite virtuelle et la SWL était anormalement absente. « J'ai demandé un rendez-vous que le directeur général Alain Rosenoer ne m'a accordé que des mois après, un soir à 22 heures. J'étais seul avec Claude Despiegeleer et le président de « La Carolorégienne » ne s'y trouvait pas ».
Marché truquéLuc Frère a également reconnu que le marché lui attribuant l'audit avait été truqué. Il avait lui-même pris part à l'élaboration des conditions de marché, avec René Boucheron, alors comptable à la Coreva, et qui s'est également porté candidat, ainsi qu'une troisième personne qui a été priée de modifier son offre. « Quand nous avons eu l'accord officiel du conseil d'administration nous accordant cette mission, il y a des mois que nous l'exercions », a-t-il indiqué.
Interrogé sur la mutualisation des charges locatives, reprochée tant aux administrateurs qu'à lui-même, Luc Frère a expliqué que le principe en avait été voté en conseil d'administration, avant d'être admis par le comité de locataires. La SWL était informée, et n'y a vu aucune objection.
Nouvelles audiencesEn fin d'audience, la défense a annoncé son intention de lancer une citation directe contre « La Carolorégienne » et la Société wallonne du Logement, au vu des différents éléments recueillis lors de l'audition des prévenus.
L'audience de l'après-midi devait être consacrée à l'audition d'Alain Carlier et Jean-Pol Tison, l'un et l'autre anciens directeurs de « La Carolorégienne ». (belga/acx)