Pressions politiques sur la direction de La Carolorégienne

L'audition, jeudi après-midi, de l'ancien directeur-gérant de « La Carolorégienne », Alain Carlier, devant le tribunal correctionnel de Charleroi, a, confirmé le rôle prépondérant de l'ancien échevin Claude Despiegeleer, même s'il n'en était pas le président.
 
Despi chargé
Alain Carlier, licencié de « La Carolorégienne » après l'audit de Luc Frère, a expliqué que Claude Despiegeleer voulait être le seul à prendre toutes les décisions importantes.
 
« Il me répétait 'le politique décide et le fonctionnaire exécute' », a dit Alain Carlier, expliquant qu'il avait reçu à l'époque un courrier d'André Liesse, alors également échevin et qui devenait président de « La Carolorégienne ». Il lui demandait de mettre un terme à certains manquements et notamment à des frais exagérés.
 
« Il est arrivé qu'on me présente de fausses souches de TVA, mais je les payais parce que je tenais à mon emploi », a justifié Alain Carlier, parlant des 'pressions quotidiennes' dont il était l'objet, tantôt de Claude Despiegeleer, tantôt d'André Liesse.
 
Tentatives
« Les transferts financiers effectués entre La Carolorégienne et l'asbl L'écrin me paraissaient normaux et j'ignorais qu'il aurait fallu une convention pour les justifier », a-t-il encore dit, expliquant qu'il avait tenté, sans succès, de mettre fin au gaspillage de timbres postaux: le système de signatures obligatoires qu'il avait mis au point a été rapidement battu en brèche par ceux qui venaient s'approvisionner régulièrement.
 
Le débat a longuement porté sur le contenu de l'audit de 2002 qui, en révélant les dysfonctionnements de « La Carolorégienne », a déclenché le scandale en septembre 2005.
 
Alain Carlier a expliqué qu'il avait eu connaissance de cet audit par un fax : Claude Despiegeleer, alors en mission à Paris, lui avait transmis ainsi ce document, avant qu'il n'arrive par courrier à « La Carolorégienne ». « J'ai bien ouvert le courrier quand il est arrivé, mais je n'en ai pas transmis copie aux administrateurs. Je me suis dit que ce n'était pas à moi de le faire », a estimé Carlier.

Contrôle
Lors de son audition, un autre prévenu, René Boucheron, avait expliqué qu'il avait découvert le texte de cet audit dans l'armoire fermée à clé d'Alain Carlier. Celui-ci a confirmé jeudi qu'il avait effectivement rangé cette pièce essentielle à cet endroit.
 
Un conseil d'administration en avait bien évoqué le contenu « mais en cinq minutes et sans avoir le texte. Claude Despiegeleer a dit qu'il y avait quelques problèmes, mais qu'il allait les prendre à bras le corps, sans que les administrateurs présents en aient le texte ». Il a également confirmé que les nombreux contrôles financiers qu'il avait connus à « La Carolorégienne » n'avaient attiré aucune remarque, pas plus que de la part de la commissaire aux comptes de la société.
 
Le tribunal a ensuite entamé l'audition de Jean-Pol Tison, ancien directeur des travaux. Celui-ci a nié avoir bénéficié de travaux effectués à son domicile par du personnel de « La Carolorégienne », tout en sachant qu'ils avaient eu lieu ailleurs "chez des administrateurs et chez du personnel". "Je n'étais pas d'accord, mais on les leur facturait", a-t-il dit. Il a tout, comme Alain Carlier, insisté sur le rôle décisionnel de Claude Despiegeleer, qui était le patron de la Carolo.
 
Auditions
Le tribunal poursuivra vendredi l'audition de Jean-Pol Tison et devrait en terminer avec celle de Maurice Bruneel qui était le directeur technique.
 
La défense devrait ensuite demander l'audition d'une série de témoins, parmi lesquels figureront plus que probablement de hauts responsables de la Société wallonne du logement, fréquemment mise en cause depuis le début de ce procès. Le nom du directeur général Alain Rosenoer a été fréquemment cité par la défense. (belga/acx)
10/09/09 18h34
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