Le tribunal correctionnel de Charleroi en a fini vendredi avec l'audition des différents prévenus dans le procès de "La Carolorégienne", où comparaissent trois anciens échevins, un ancien sénateur et les plus hauts responsables de la société de logements sociaux. La défense a confirmé qu'elle allait lancer une citation directe contre la SWL et "La Carolorégienne".
Jean-Pol Tison, ancien directeur des travaux, a longuement dépeint l'ambiance régnant au sein de la société de logements. Il a évoqué des fournisseurs impayés, d'autres payés plusieurs fois mais, d'une manière plus générale, ce qu'il a appelé les "relations privilégiées entre contrôleurs et contrôlés, entre la Carolo et la SWL, et la commissaire chargée du contrôle".
Critiques
Il a notamment indiqué que le comité de gestion, ensuite considéré comme n'ayant aucun fondement légal, avait été mis en place au vu et au su de la SWL, et que des réunions de ce comité se tenaient, suivies de rencontres et de déjeuners entre les différents responsables. "Despiegeleer, a-t-il dit à propos de l'ancien échevin de Charleroi, se considérait chez lui à la SWL; si ce n'est pas ça avoir des liens privilégiés."
Tison a encore critiqué celui qui fut directeur gérant, Alain Carlier, également prévenu dans ce dossier, pour dire que "si on lui avait demandé l'heure, il aurait demandé à Despiegeleer l'autorisation de la donner. Moi, si j'avais eu connaissance de l'audit de 2002 de la SWL, je l'aurais immédiatement transmis aux administrateurs. Moi, je n'ai jamais été le pion de personne", a-t-il lancé, faisant allusion à la déposition de Carlier, la veille, quand il s'était lui-même décrit comme "le pion" de Claude Despiegeleer.
Convention
Jean-Pol Tison a ensuite expliqué les circonstances dans lesquelles son licenciement avait été décidé, jusqu'à aboutir à une indemnité de départ de près de 300.000 euros. Victime d'un grave accident de moto qui avait failli lui coûter la vie, il avait appris par téléphone de son lit d'hôpital, que Claude Despiegeleer voulait se débarrasser de lui. Alain Carlier, alors directeur gérant, lui avait proposé une indemnité de 13 millions de francs, "à verser sur n'importe quel compte, même à l'étranger", a indiqué Jean-Pol Tison.
Après négociations, la somme de 300.000 euros avait été retenue, mais on a décidé dans l'intervalle d'interdire à Tison toute activité, tout en maintenant intégralement son salaire. La convention finale, qui fait aujourd'hui l'objet d'une prévention, a été conclue avec les responsables de "La Carolorégienne, après négociation avec un avocat et conclusion devant un notaire", a rappelé Jean-Pol Tison, qui est toujours aujourd'hui sans emploi, en raison du handicap qu'il a conservé de son accident de roulage.
Témoignages
Le dernier à être entendu a été Maurice Bruneel, l'ancien directeur technique de "La Carolorégienne". On lui reproche d'avoir faussé des soumissions. L'une portait sur l'engagement de candidats pour réaliser l'audit au sein de l'entreprise. Après avoir fait remarquer qu'il fallait au moins trois candidats, Maurice Bruneel a constaté qu'une des candidates avait fait une offre trop basse. Devant lui, Luc Frère, également candidat au nom de sa société Coreva, l'a constaté et lui a demandé de revoir ses prix. "Cela ne m'a pas étonné", a reconnu Maurice Bruneel pour qui "de toute façon, Luc Frère était déjà dans la maison à ce moment-là".
La défense a alors énuméré une série de témoins qu'elle souhaite faire entendre. Il s'agira, comme prévu, de hauts responsables de la Société wallonne du Logement, et notamment de son directeur général Alain Rosenoer, de comptables intervenus dans le dossier et de la commissaire aux comptes de "La Carolorégienne".
Citations directes
La défense a également confirmé qu'elle allait lancer une citation directe contre la Société wallonne du Logement et "La Carolorégienne", appelées à comparaître comme prévenues dans ce dossier. Prochaines audiences les 1er et 2 octobre. (belga/acx)


