MISE À JOUR
Lors d'une plaidoirie longue de quatre heures devant le tribunal correctionnel de Tournai, l'avocat de la société Husqvarna a dénoncé vendredi les graves manquements dont serait responsable le gazier Fluxys dans la catastrophe de Ghislenghien, qui a fait 24 tués et 132 blessés en juillet 2004. Husqvarna réclame près de 5 millions d'euros de dommages.
L'avocat de Husqvarna (ex-Diamant Boart), Me Koning, a réclamé, au terme de sa plaidoirie, un dédommagement de 4,9 millions d'euros pour l'image de marque ternie ainsi que le préjudice matériel subi par la société qu'il défend. Il réclame en outre 30.000 euros de frais de procédure et à titre subsidiaire la désignation d'experts.
Un gazoduc à haute pression de la SA Fluxys avait explosé le 30 juillet 2004, lors de la construction de la nouvelle usine Diamant Boart à Ghislenghien. "Six travailleurs de chez Diamant Boart ont été tués et onze autres ont été blessés. En construction, l'usine a été détruite", a rappelé l'avocat.
Inculpée comme personne morale lors de l'instruction, ce qui fut confirmé ultérieurement par la chambre du conseil de Tournai, la SA Husqvarna s'est elle-même constituée partie civile le 26 septembre 2005. C'est en cette qualité que Husqvarna a exposé vendredi ses arguments devant le tribunal correctionnel de Tournai.
Bien que les reproches aillent aux treize autres inculpés et prévenus dans ce dossier, c'est essentiellement à l'encontre de Fluxys que Me Koning a orienté sa plaidoirie.
"Les treize prévenus ont commis des fautes en lien avec les préjudices subis par Husqvarna. Cependant, Fluxys devait veiller à la sécurité des tiers en veillant sur son réseau. C'est une obligation légale. Après l'explosion, on s'est occupé à dévier le gaz afin de réalimenter le réseau. Rien n'a été fait en matière de sécurité. Il n'y avait aucune coordination entre les agents de Fluxys", a-t-il précisé.
L'avocat a rappelé que l'architecte et l'entrepreneur avaient demandé que l'on coule une dalle de béton au-dessus de la canalisation de gaz, ce qui fut refusé par Fluxys. "Une omission par défaut de précaution", a dit Me Koning, précisant en outre qu'aucune fouille en profondeur n'avait été réalisée par Fluxys à l'endroit de l'explosion.
"Pourtant, les accidents les plus fréquents sont dus à des engins de terrassement. C'est un dégât silencieux qu'on ne voit pas. Les plans ont bien été communiqués à Fluxys. Il n'y a pas d'équivoque sur la présence d'une voirie de parking au-dessus de la canalisation de gaz", a encore indiqué l'avocat. "De plus, il n'y a eu aucun suivi du travail des patrouilleurs aériens, qui avaient découvert de nouveaux travaux et qui en avaient informé leur direction à Bruxelles... sans aucune réaction!"
"Le jour de la catastrophe, après l'appel à 08h18 du service 100 de Mons à Fluxys, il y a eu des carences du dispatching de secours. D'abord, on ignorait où se trouvait ce chantier. Or, sur les plans, c'était indiqué. Ensuite, le dispatching ne réduit pas la pression. Enfin, sur la main courante du dispatching de Fluxys, on indique l'appel téléphonique à 08h30! Ces documents ont été maquillés", a dénoncé Me Koning.
L'avocat a encore précisé qu'avant la catastrophe, aucun test permettant de connaître l'état de la conduite -le test hertzien "Pierson"- n'avait été effectué par Fluxys. "Sous la contrainte, Fluxys a effectué ce test après la catastrophe sur un proche tronçon où 25 entailles ont été repérées! La faute n'est pas à reporter sur le Bomag qui a fraisé les lieux. L'engin était confronté à des profondeurs inattendues", a souligné l'avocat.
Le procès de la catastrophe de Ghislenghien se poursuivra lundi et mardi par les plaidoiries des parties civiles qui ne s'étaient pas associées. Mercredi, débuteront les plaidoiries des avocats des inculpés. On entendra les défenseurs de la société de construction Tramo et de Kristof Dewael, conducteur de travaux chez Tramo. (belga/7sur7)


