Les premières conclusions de la police fédérale (FBI) américaine sur la fusillade impliquant la société de sécurité privée Blackwater en septembre à Bagdad relèvent qu'au moins 14 des victimes irakiennes ont été tuées sans raison. L'information a été révélée mercredi par le New York Times, qui cite des sources civiles et militaires auxquelles le rapport préliminaire du FBI, transmis au ministère de la Justice, a été communiqué.
Le 16 septembre, des agents de Blackwater qui escortaient un convoi diplomatique avaient ouvert le feu à un carrefour très fréquenté, tuant 17 civils. La société et son PDG, Erik Prince, ont depuis régulièrement affirmé avoir uniquement répliqué après avoir essuyé des tirs. Début octobre, le gouvernement irakien, qui réclame le départ de Blackwater, a annoncé qu'une enquête irakienne avait conclu que le convoi n'avait été la cible d'aucun tir, pas même d'un jet de pierre, et que les agents de sécurité avaient ouvert le feu sans raison. Des enquêteurs du FBI se sont rendus sur place début octobre pour prendre la direction d'une autre enquête.
Selon le New York Times, leurs premières conclusions indiquent que seulement trois des victimes, les deux passagers d'une voiture qui ne s'est pas arrêtée suffisamment vite et un passant, ont pu sembler représenter une menace. Les 14 autres victimes ont été tuées en violation des règles qui régissent les agissements des gardes de sécurité privés en Irak, certaines atteintes alors qu'elle fuyaient les lieux. Les porte-parole du FBI et du ministère de la Justice ont refusé de s'exprimer sur une enquête en cours. Aucun commentaire n'a pu être obtenu mercredi matin auprès de la porte-parole de Blackwater.
Selon le New York Times, les enquêteurs du FBI n'ont trouvé aucune preuve que le convoi ait essuyé des tirs, et estiment que la plupart des agents ont commencé à tirer parce qu'ils se sont crus visés après avoir entendu les tirs de leurs collègues. "Je n'appellerais pas ça un massacre", a affirmé un responsable gouvernemental au New York Times, "mais dire que c'était injustifié est un euphémisme". Selon le quotidien, la tâche est ardue pour les enquêteurs, arrivés deux semaines après les faits. Ils n'ont pas pu reconstituer la scène, examiner les corps, compter les douilles... ni même avoir accès aux témoignages des agents eux-mêmes, qui ont coopéré à l'enquête du département d'Etat à la condition que leurs dépositions ne soient pas utilisées dans une enquête criminelle.
Dans l'une de ces dépositions, publiée mercredi par la chaîne ABC News, un agent dénommé "Paul", ancien militaire de 29 ans, explique avoir craint pour sa vie et avoir dû "neutraliser la menace" en tirant sur une voiture qui refusait de s'arrêter et sur une autre signalée suspect, sur une cahute d'où provenaient des coups de feu, sur un passant armé d'une mitraillette... Une fois l'enquête du FBI terminée, il reviendra au ministère de la Justice de décider ou non d'engager des poursuites. Mais si des familles de victimes ont déjà déposé plainte au civil contre la société, il n'est pas établi que les agents puissent faire l'objet d'une procédure criminelle.
La loi américaine qui permet de traduire les sous-traitants devant un tribunal fédéral ne concerne que ceux qui opèrent sous l'égide du ministère de la Défense, pas forcément ceux qui, comme Blackwater, travaillent pour le département d'Etat. Le Congrès envisage d'élargir la loi, mais sans effet rétroactif. (afp)
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