Un spectacle de danse en voile intégral

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Par: rédaction
9/04/10 - 11h05
(crédit photo: Laurent Philippe)

Depuis le 6 avril et pendant dix jours, la chorégraphie Manta, signée Héla Fattoumi et Eric Lamoureux, est à l'affiche du Théâtre de la Cité internationale, à Paris. Le spectacle d'un peu plus d'une heure repose sur les épaules et le voile intégral d'une femme qui danse en solo, réclamant un corps à elle.

Baignée dans les interdits de son éducation arabo-musulmane, la danseuse quadragénaire Héla Fattoumi a choisi la voie de l'émancipation. Croiser des femmes voilées suscitait chez elle l'incompréhension, voire l'indignation. C'est en essayant de comprendre les sensations éprouvées de l'intérieur qu'elle a trouvé l'inspiration à la base du spectacle Manta.

"J'ai fini par oser acheter un de ces vêtements, un niqab, je l'ai endossé, je me suis mise à l'intérieur pour sentir. Les sensations ont commencé à m'envahir, me guider, m'emmener", explique Héla Fattoumi. "Ce qui me perturbe, ce sont les femmes instruites, souvent des intellectuelles, qui acceptent et revendiquent le port de ce vêtement. Comment arrivent-elles à s'épanouir dans cette cage de tissu?", s'interroge-t-elle.

C'est donc à partir d'un affect personnel, presque biographique, que la danseuse s'est décidée à travailler sur et avec un voile intégral, se recouvrant d'un niqab blanc au début du spectacle, pendant que défilent sur un écran des images glaçantes ou parodiques, comme celles d'une fillette, encore bébé, Coran à la main et déjà "emburquinée", ou d'une femme, qui se baigne en burqa, aux côtés de son mari, en simple maillot. Le spectacle repose ensuite sur les sensations, ou plutôt sur l'intelligence des sensations. L'engagement politique vient par déduction.

La grande leçon qu'Héla Fattoumi tire de cette expérience, c'est qu'il y a comme un ralentissement de tout sous ce vêtement, une modification du rythme de l'existence, qui ne peut manquer de séparer celle qui le porte du rythme général de la société. Et l'invisibilité n'est pas tout: outre la privation d'un visage, il y a aussi le retard qu'on impose aux femmes couvertes d'un niqab ou d'une burqa. Ainsi, à la fin du spectacle, lorsque la danseuse s'extirpe de son vêtement engonçant, elle retrouve la joie toute simple de sauter à la corde, la joie d'être dans le rythme parfait du temps et de la vie. (SC)

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