Thabo Mbeki évincé du pouvoir par son propre parti?

sauvegarder
Par: rédaction
16/12/07 - 09h55

Le sort de l'homme qui gère l'Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid en 1994, le président Thabo Mbeki, pourrait être tranché dès dimanche par le parti au pouvoir.

Le Congrès national africain (ANC), réuni à Polokwane, dans le Limpopo (nord-est), devrait en toute logique choisir son rival, l'actuel vice-président du parti Jacob Zuma, pour diriger la formation ultra-majoritaire depuis la chute de l'apartheid en 1994. L'homme qui gère l'Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid en 1994, le président Thabo Mbeki, risque en effet de se faire mettre sur la touche par son parti la semaine prochaine, au profit d'un rival, Jacob Zuma, menacé d'inculpation pour corruption. Elu chef de l'Etat en 1999, Mbeki était auparavant de facto chef du gouvernement de Nelson Mandela, le premier président noir d'Afrique du Sud.

Il lui reste deux ans de mandat à la tête du pays, mais il peut perdre toute marge de manoeuvre si le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), change de mains. Or il semble acquis que l'ANC, ultra-majoritaire depuis 1994, se choisisse comme nouveau chef le populaire et populiste Jacob Zuma, antithèse du distant Mbeki. Un remarquable retour pour celui qui fut limogé par Mbeki de la vice-présidence de la République après la condamnation pour corruption de son conseiller financier en 2005 et fut acquitté l'année suivante du viol d'une jeune femme séropositive, non sans avoir choqué en affirmant qu'il avait pris une douche pour se "laver" du Sida.

S'ils élisent Zuma, les 4.075 délégués, réunis à compter de dimanche à Polokwane, dans le Limpopo (nord-est), adouberont presque à coup sûr le prochain président de la République. La Constitution interdit à Mbeki de se présenter pour un 3e mandat en 2009. Mais, d'ici là, son gouvernement devra compter avec un parti qui a déjà exprimé sa défiance: lors du processus de nomination des candidats, Zuma a récolté les fruits du mécontentement croissant envers le président avec 61% des délégués et l'appui de la Ligue des jeunes et de celle des femmes. "La victoire de Zuma peut rendre les choses très difficiles pour Mbeki", relève Steven Friedman, analyste de l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud. "On peut tout à fait envisager que certains fassent pression sur lui (...) et disent que c'est à l'ANC de déterminer sa politique". "Zuma est de caractère conciliant. Il est plutôt bon pour faire travailler les gens ensemble. Mais là, il risque d'avoir à rendre des comptes" à ses soutiens, ajoute Friedman.

Certains observateurs, dont l'éditorialiste Allister Sparks, n'écartent pas la possibilité d'élections anticipées, surtout si Mbeki subit la lourde défaite annoncée. Il n'est pas exclu que l'unité se fasse autour d'un 3e candidat, mais il faudrait qu'un nouveau nom soit proposé par 25% des délégués présents, un scénario improbable selon la plupart des analystes. Tous estiment que la popularité du tribun zoulou repose sur l'image de défenseur des pauvres qu'il a su se donner par opposition à un président dont la politique économique a favorisé les milieux d'affaires. En dépit d'une croissance continue depuis 13 ans, bien qu'une classe moyenne noire émerge des townships, 4,2 des 48 millions de Sud-Africains vivent toujours dans une extrême pauvreté (avec moins d'un dollar par jour selon l'ONU). 43% sont pauvres.

Réclamant un accroissement des dépenses pour le logement, l'éducation et la santé, la puissante confédération syndicale Cosatu et le Parti communiste, deux principaux alliés de l'ANC au gouvernement, ont apporté leur soutien à Zuma. Pour les analystes, Mbeki a également commis l'erreur de s'isoler en renvoyant systématiquement ses ennemis, limogeant une populaire vice-ministre de la Santé trop ouvertement critique ou un procureur général dangereux pour un de ses proches. "Nombreux sont ceux qui pensent que le temps est venu d'une approche moins agressive du pouvoir", estime Sipho Seepe, président de l'Institut sud-africain pour les relations entre les races.

Mais, même si le nouveau président du parti est bien celui que tous attendent, il restera une inconnue supplémentaire: l'épée de Damoclès de l'inculpation pour corruption de Jacob Zuma, qui peut tomber n'importe quand. (afp)

Votre avis nous intéresse!