Pour son premier déplacement de campagne en province, François Fillon a endossé vendredi à Laval son costume de chef de la majorité, se faisant l'avocat d'un Nicolas Sarkozy victime, selon le Premier ministre, d'une "chasse au président" orchestrée par une gauche "démagogique".
"Oui au débat d'idées, mais non à cette chasse au président de la République", a lancé M. Fillon devant quelque 500 personnes rassemblées au château de la ville qui l'ont chaleureusement accueilli, le sollicitant souvent pour des photos.
Le Premier ministre est venu en "voisin" de la Sarthe, sa terre d'élection, pour y soutenir son "ami" le maire sortant François d'Aubert. Cet ex-UDF qui s'est allié au MoDem mène une campagne "difficile" de l'aveu même de sa garde rapprochée pour conquérir un troisième mandat face au socialiste Guillaume Garot. Ce dernier, 41 ans, a ravi en juin le siège de député que l'ancien ministre de Jean-Pierre Raffarin détenait depuis 29 ans.
C'est donc dans ce bastion en danger que M. Fillon a mené une attaque en règle contre une gauche "qui regorge de démagogie", estimant que son seul objectif était de vouloir "freiner l'effort de réforme" de son gouvernement. En s'en prenant à la vie privée du président, elle a fait preuve, a-t-il estimé, sans susciter d'applaudissements à cet instant, d'une "violence inouïe, inégalée dans l'histoire de la Ve" République.
Alors qu'il y a quelques mois encore Nicolas Sarkozy venait à la rescousse de son Premier ministre, "collaborateur" en mal d'existence, les rôles se sont inversés à la faveur de sondages beaucoup plus favorables à François Fillon et en berne pour le chef de l'Etat. Et comme pour témoigner un peu plus de sa loyauté au président, dont ce dernier dit en privé douter, le Premier ministre a multiplié les attaques contre tous ceux qui veulent le "déstabiliser".
Dans sa ligne de mire: Ségolène Royal, François Bayrou mais également son prédécesseur à Matignon Dominique de Villepin qui signent dans le magazine Marianne un "appel pour une vigilance républicaine" face à des risques de "dérive (...) confinant à la monarchie élective". M. Fillon y a vu un "mur du conservatisme" qui "se dresse face à une équipe gouvernementale conduite par un président de la République qui a décidé d'aller jusqu'au bout des réformes".
Citant à plusieurs reprises Nicolas Sarkozy, il a mis en avant le bilan des neuf premiers mois de son action et incité ses troupes à le "revendiquer". "Les élections, elles sont locales mais elles sont aussi nationales parce qu'on ne gagne pas en mettant son drapeau dans sa poche", a-t-il fait valoir, entretenant une certaine confusion dans la stratégie de l'exécutif à trois semaines du premier tour de municipales très risquées pour la majorité. "Ce n'est pas parce que les enjeux ne sont pas nationaux qu'il ne faut pas mouiller la chemise", décrypte son entourage.
Le Premier ministre est d'ailleurs de plus en plus "sollicité" par des maires en campagne. M. d'Aubert, indique-t-on sans autre commentaire dans son équipe, a ainsi préféré "inviter" le chef du gouvernement plutôt que le Président de la République. "Pour un provincial, il (Fillon) est peut-être plus représentatif pour nous", glisse Claude, militant septuagénaire. Andrée, 83 ans, affiche aussi sa "préférence pour le style Fillon" qui colle mieux, assure-t-elle, à des "gens âgés", au coeur de l'électorat de droite. (afp)


