Le président russe Vladimir Poutine a douché samedi les espoirs occidentaux d'une détente avec son successeur, avertissant, alors qu'il recevait la chancelière allemande, que Dmitri Medvedev ne serait pas un partenaire "plus simple".
"J'ai l'impression que certains de nos partenaires attendent le moment où j'arrêterai d'exercer mes fonctions (présidentielles)", a-t-il ironisé à l'issue d'un entretien avec Angela Merkel dans sa résidence de Novo-Ogarevo, près de Moscou. "Je ne pense pas que le partenariat sera plus simple avec lui", a-t-il mis en garde lors d'une conférence de presse commune alors que la chancelière devait rencontrer peu après M. Medvedev, qui prendra ses fonctions le 7 mai. De Washington à Berlin, les grandes capitales ont plutôt bien accueilli l'élection de M. Medvedev, relevant avec intérêt son discours plus libéral et espérant nouer avec lui un dialogue plus étroit après le gel de l'ère Poutine.
"Dmitri Medvedev sera libre de montrer son attachement à la politique libérale, mais il est un Russe aussi nationaliste que moi, dans le bon sens du terme", a répliqué M. Poutine, montrant ainsi qui reste le chef malgré l'élection de son dauphin le 2 mars avec 70% des voix. "Il défendra les intérêts de la Russie de la façon la plus active", a promis le président sortant qui, en devenant le Premier ministre de M. Medvedev, gardera certainement voix au chapitre même s'il a souligné que la politique étrangère resterait une "prérogative" présidentielle.
M. Poutine et Mme Merkel ont au passage constaté leurs divergences sur le Kosovo, que la Russie refuse de reconnaître, et sur l'Otan que le maître du Kremlin a accusée de vouloir "remplacer l'Onu". M. Poutine, qui fut agent soviétique en RDA, a moqué au passage les "clichés (..) sur la difficulté de parler avec un ancien agent du KGB". Les Occidentaux se félicitent en effet que son successeur, âgé de 42 ans, n'ait pas de passé dans les "services" et ait un parcours largement post-soviétique. Selon un protocole soigneusement réglé, Mme Merkel, premier hôte étranger du futur président, s'est rendue ensuite chez M. Medvedev, qui l'a reçue dans une autre résidence, devant quelques caméras seulement et sans conférence de presse.
"Le président Poutine vient de nous dire que cela ne serait pas plus simple pour nous avec vous. Je me suis retenue de lui dire que j'espérais que cela ne serait pas plus difficile", a ironisé à son tour la chancelière selon des images retransmises à la télévision russe. M. Medvedev a répondu par un timide éclat de rire avant de lui promettre la même "franchise que celle qui a prévalu" du temps du président Poutine. Depuis son arrivée au pouvoir fin 2005, Mme Merkel ne s'est pas privée de critiquer les atteintes à la démocratie en Russie, ce qui lui a valu quelques séquences houleuses avec M. Poutine comme lors du sommet russo-européen de Samara en mai 2007.
"Depuis que je suis chancelière, nous avons trouvé un moyen de discuter (...) de façon ouverte et franche. C'est toujours une joie et parfois un défi", avait lancé auparavant Mme Merkel chez M. Poutine. "Je pars du principe que nous continuerons" ce dialogue franc, a-t-elle ajouté chez M. Medvedev. La chancelière s'est félicitée après la rencontre que le futur président ait accepté son invitation à se rendre en Allemagne, où il effectuera un de ses premiers voyages à l'étranger. Une fois de plus, Mme Merkel et M. Poutine ont montré à quel point ils peinaient à trouver un langage commun, s'empêtrant devant les caméras dans des répliques faussement décontractées.
"As-tu préparé le petit-déjeuner à ta femme ce matin?", a demandé la chancelière à M. Poutine qui venait de la féliciter pour la journée de la Femme. "Je lui ai préparé des cadeaux mais nous allons prendre le petit déjeuner ensemble, a-t-il répondu. "Le petit-déjeuner chez vous c'est le déjeuner", a enchaîné Mme Merkel, alors qu'il était déjà 14h. "Sans doute", a-t-il conclu. (afp)


