Les présidents tchadien Idriss Deby Itno et soudanais Omar el-Béchir doivent signer mercredi soir à Dakar, en présence du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, un nouvel accord de paix présenté par le Sénégal comme une "solution définitive" à leurs conflits.
Mais avant même sa signature, des voix s'élèvent pour mettre en doute son impact sur le terrain, les cinq précédents accords étant restés lettre morte et n'ayant en rien apaisé les tensions entre les deux pays depuis le début du conflit du Darfour, dans l'ouest du Soudan, en 2003. Ce "sommet de la réconciliation" entre les deux chefs d'Etat intervient après une tentative de renversement du régime du président tchadien début février par des rebelles venus de bases arrières au Soudan, pays accusé aujourd'hui par N'Djamena de continuer à leur fournir armes et renforts.
De son côté, N'Djamena soutient certaines factions de la rébellion soudanaise du Darfour, notamment le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), dirigé par des Zaghawas, l'ethnie du président Deby. "Nous allons finaliser un travail qui est déjà commencé, prions pour que tout le monde signe, ce sera bon pour l'Afrique", a espéré mardi soir le ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio.
La cérémonie de signature, initialement prévue à 10H00 (locales et GMT), a été repoussée à 20H00, le président soudanais ne devant arriver dans la capitale sénégalaise que mercredi en fin d'après-midi. Le président Deby est pour sa part arrivé à 12H30 dans la capitale sénégalaise. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon est à Dakar depuis mercredi matin et devait rencontrer le président Wade dans l'après-midi, selon son entourage.
Tempérant quelque peu l'optimisme des autorités sénégalaises, le président soudanais a émis mardi des doutes sur la signature d'un nouvel accord de paix. "Nous avons cinq accords (de paix), signés avec le Tchad", a déclaré M. Béchir aux journalistes à Dubaï, en réponse à une question sur un nouvel accord censé mettre fin au conflit entre leurs deux pays qui s'accusent mutuellement de déstabilisation par groupes armés interposés.
M. Béchir a cité le dernier en date, signé en mai à Ryad avec son homologue tchadien, sous le parrainage du roi Abdallah d'Arabie saoudite, mais qui n'a pas été appliqué. Un peu plus tard dans la journée de mardi, le ministre soudanais des Affaires étrangères Sammani al-Wassila s'est toutefois voulu rassurant, affirmant que "le président viendra l'esprit ouvert".
Mercredi, l'opposant tchadien en exil Ngarlejy Yorongar a estimé pour sa part que le nouvel accord de paix serait "mort né". "Ce n'est qu'un accord de plus", a-t-il rappelé en référence aux cinq précédents accords. "Il est possible d'avoir un accord de paix entre Idriss Deby et Omar el-Béchir", mais sous conditions, a-t-il précisé lors d'un point de presse au Parlement européen à Strasbourg.
"Il faut au préalable qu'il y ait accord entre tous les acteurs politiques au Tchad et accord entre tous les acteurs politiques au Soudan", a-t-il insisté. "Sans ces trois accords-là, il n'y aura pas de paix", a-t-il précisé. Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, l'ex-président de la Commission de l'Union africaine (UA) Alpha Oumar Konaré et le président en exercice de l'UA, le Tanzanien Jakaya Kikwete ont également été invités à la signature de cet accord.


