Téhéran veut encore discuter
L'Iran a annoncé mercredi son refus de transférer à l'étranger son uranium faiblement enrichi et a appelé à une nouvelle réunion à Vienne avec les grandes puissances, signifiant ainsi son rejet du projet d'accord tel que proposé par l'AIEA il y a près d'un mois.
"Nous avons fait un examen technique et économique (...) Très certainement, nous ne transférerons pas à l'étranger notre uranium enrichi à 3,5%", a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki, cité mercredi par l'agence Isna. "Cela signifie que nous sommes prêts à examiner un échange simultané en Iran même", a-t-il ajouté.
Ces déclarations signifient que l'Iran refuse le projet d'accord tel que présenté par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) le 21 octobre après des négociations entre l'Iran, les Etats-Unis, la Russie et la France. "Il y a une réponse très claire et négative des Iraniens", a commenté le ministre français Bernard Kouchner, tout en souhaitant "continuer à parler" avec Téhéran.
Selon des diplomates occidentaux, le projet d'accord prévoit le transfert vers la Russie d'une grande partie de l'uranium iranien faiblement enrichi (3,5%), pour qu'il y soit enrichi davantage avant d'être transformé en France en combustible pour un réacteur de recherche à Téhéran. "Nous avons un déficit de confiance", a expliqué à des journalistes à Vienne Ali Asghar Soltanieh, le représentant de l'Iran à l'AIEA. "Nous voulons être sûrs qu'il y ait la garantie qu'au bout du compte, nous recevrons du combustible pour le réacteur de recherches de Téhéran".
Mardi, le président américain Barack Obama, en visite à Pékin, et son homologue chinois Hu Jintao, ont appelé l'Iran à "répondre positivement à la proposition" de l'AIEA, estimant que Téhéran devrait assumer "les conséquences" d'un blocage. Dans une interview à CNN dans la nuit de mardi à mercredi, M. Obama a mis en garde contre de nouvelles sanctions en cas de refus.
"Si l'Iran continue à repousser (les offres de) la communauté internationale, cela sera plus facile pour nous de mettre en place des sanctions ou autres mesures", a-t-il dit. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait pour sa part jugé "prématuré" mardi de conclure que les discussions sur le nucléaire iranien avaient échoué. M. Mottaki a affirmé que l'Iran voulait une nouvelle réunion technique avec les Etats-Unis, la Russie et la France, sous l'égide de l'AIEA. "Nous avons déclaré que le comité technique de la réunion de Vienne doit se réunir de nouveau et nous exposerons nos considérations" sur l'échange entre l'uranium faiblement enrichi de l'Iran contre du combustible, a-t-il déclaré.
Le chef de la diplomatie iranienne a ajouté que la délégation iranienne présente à Vienne n'avait jamais accepté le projet d'accord tel que présenté par l'AIEA. Selon M. Mottaki, les représentants américains, russes et français ont proposé de "prendre l'uranium iranien enrichi à 3,5% pour donner en contrepartie du combustible à 20% et comme l'Iran a besoin de 116 kilos de combustible il faudrait leur livrer en contrepartie 1.160 kilos d'uranium enrichi à 3,5%".
La question de l'enrichissement est au centre du bras de fer entre l'Iran et les puissances du groupe des Six (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne) qui redoutent que Téhéran n'utilise l'uranium à des fins militaires. Le transfert de l'uranium enrichi iranien vers l'étranger permettrait d'apaiser les inquiétudes internationales sur le programme nucléaire iranien en assurant un plus grand contrôle des stocks iraniens.
L'uranium enrichi sert à produire du combustible pour des réacteurs civils mais entre également à un niveau élevé d'enrichissement dans la fabrication de la bombe nucléaire. Selon le dernier rapport de l'AIEA, l'Iran a produit jusque là 1.763 kilos d'uranium faiblement enrichi. (afp)