La conférence climat de Bali a dépassé le délai de midi vendredi (04H00 GMT) que lui avait fixé l'ONU la veille sans perspective d'accord, après un nouveau texte jugé "scandaleux" par les pays en développement et l'Union européenne notamment. Cette heure limite de "midi" avait été arrêtée jeudi par le patron de la Convention de l'ONU sur les changements climatiques (CNUCC), Yvo de Boer, pour tenter d'accélerer les discussions. La conférence doit théoriquement être conclue à 18H00 (10H00 GMT).
Urgence
Vendredi, M. de Boer misait malgré tout sur "un sentiment d'urgence croissant" pour convaincre les délégations de sortir de l'impasse et finaliser un accord pour lancer les négociations sur le futur régime de lutte contre le réchauffement, après expiration de la première phase du protocole de Kyoto en 2012. "Il y a une telle pression de l'opinion publique, je ne crois pas que les ministres (de l'Environnement) vont quitter cette conférence sans lancer un processus et tout le monde travaille très dur: personne ne veut être le pays qui a tout fait rater", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.
Mais le dernier texte soumis par la présidence indonésienne de la conférence est loin d'avoir calmé les esprits, alors que plus aucune référence n'est faite dans le préambule aux travaux du Groupe d'experts intergouvernementaux sur l'évolution du climat (Giec), ni à une réduction de 25 à 40% des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés d'ici 2020, qui n'était pourtant pas présentée comme un objectif mais comme une "ligne directrice" dans les précédentes versions. Il est seulement noté que les émissions doivent "culminer d'ici 10 à 15 ans pour être ensuite réduites à des niveaux très bas, bien en dessous des niveaux de 2000", sans adosser cette recommandation au Giec comme l'exigeait spécifiquement l'Union européenne.
Le ministre allemand de l'environnement Sigmar Gabriel a indiqué que "l'UE, en particulier la France, le Portugal et l'Allemagne avec quelques autres du G77 (pays en développement) et des petits Etats insulaires jugent l'ambition insuffisante et qu'il y a un fossé entre les discours (en plénière) et ce qu'on a sous les yeux". Le ministre français Jean-Louis Borloo a explicitement souhaité, a-t-il dit, que la mention des "25/40" figure dans l'accord "pour envoyer un signal ambitieux". A l'inverse, Paula Dobriansky, chef de la délégation américaine dont l'administration est hostile à toute référence chiffrée, "a vivement remercié la présidence indonésienne pour sa nouvelle proposition", selon ce délégué.
Consensus
Pour sortir de l'impasse, l'Indonésie a chargé les ministres australien et argentin, qui président un groupe informel "des amis du président" composé d'une vingtaine de ministres, de rechercher un consensus. Et compte tenu des divergences entre l'UE et les Etats-Unis, "essayer de trouver quelque chose au milieu qui les rendent tous heureux". Les ONG accusent les Etats-Unis d'avoir torpillé la conférence de Bali par leur position intransigeante et d'avoir soumis "une proposition qui revient à ne pas agir du tout contre le changement climatique", selon James Leape, directeur général du WWF. (afp)


