La question de l'immigration a dominé le duel entre Eric Besson et Marine Le Pen jeudi soir sur France 2, un débat marqué par de vifs échanges entre le ministre et la vice-présidente du Front national et auquel le socialiste Vincent Peillon a refusé in extremis de participer.
Vincent Peillon s'est insurgé contre l'organisation de l'émission. Il a demandé le départ d'Arlette Chabot, animatrice d'A vous de juger, directrice générale adjointe de France 2 chargée de l'information, ainsi que des "dirigeants de France 2 qui ont autorisé cette opération".
Dérive inacceptable
L'eurodéputé, qui devait participer à la deuxième partie du débat, a déploré que la chaîne n'ait "pas trouvé mieux" que "de consacrer la seule émission politique de début de soirée à Eric Besson (ex-PS) et de le faire dialoguer avec Marine Le Pen", vice-présidente du FN. La chaîne "prend ainsi en otage le service public et les personnels qui y travaillent", a accusé le responsable PS. "C'est indigne et c'est inacceptable. Jamais une telle dérive ne s'était produite".
Une défection qui a suscité étonnement et indignation de Mme Chabot et de son équipe. La rédactrice en chef, Nathalie Saint-Cricq, a qualifié de "méthode de voyou" le retrait de l'eurodéputé, exprimant son "immense étonnement qu'il n'ait pas pris la peine de téléphoner". Réagissant en direct, Mme Chabot a dénoncé un "coup d'éclat regrettable".
Une fuite du PS?
M. Besson a jugé cette défection "inacceptable" et Marine Le Pen a estimé que le PS était "en dessous de tout". "La fuite de M. Peillon le jour même où le PS a déposé sa proposition de loi sur le droit de vote des étrangers en dit long sur sa difficulté à assumer publiquement devant des millions de Français la manipulation qu'il a montée pour séduire l'extrême gauche et exciter l'extrême droite", a réagi le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre.
Au contraire, Patrick Mennucci (PS), qui fait partie du même courant que M. Peillon au PS, l'a "félicité" pour son attitude, "un acte politique de résistance à l'abaissement de la République par des politiciens prêts à tout pour conforter leur pouvoir". Quand la défection a été annoncé, M. Besson a souhaité qu'il n'y ait pas "double portion de Mme Le Pen". "Vous commencez avec beaucoup de courtoisie", a-t-elle ironisé.
Un parti de dinosaures
Au cours du débat proprement dit, M. Besson a notamment qualifié de "dinosaure de la politique" Mme Le Pen qui l'a accusé de "régler des petits comptes minables" lorsque il a évoqué l'absentéisme de l'euorodéputée frontiste au Parlement européen. Sur l'immigration, Mme Le Pen a affirmé que la France accueillait tous les trois ans l'équivalent en étrangers de la population d'une ville comme Lille.
"Beaucoup de gens dans notre pays, que nous avons accueillis ou plutôt qu'on nous a imposés pour beaucoup, imposent leur mode de vie, leurs moeurs, leurs codes, leurs rites, leurs traditions aux Français, alors qu'ils devraient eux-mêmes se soumettre au mode de vie des Français", a-t-elle observé.
Après avoir remarqué à l'adresse de Mme Le Pen qu'elle était "jeune" et qu'elle avait un "physique avenant", M. Besson l'a qualifiée d'"espèce de dinosaure de la vie politique". "Vous utilisez le mensonge, des méthodes qui devraient avoir disparu d'une démocratie moderne", a-t-il dit. Il a enfin estimé que le débat sur l'identité nationale "a signé la fin d'un monopole que le FN a cru vouloir s'octroyer". (afp)


